Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:39

L'empire du Ghâna, comme celui de Rome, fut d'abord celui d'une ville, une capitale, dont le nom se trouve mentionné pour la première fois, semble-t-il, dans les Prairies d'Or de Massoudi, lequel mourut en 956, fut visitée dans la seconde moitié du Xesiècle par le célèbre géographe arabe Ibn Haoukal, et Bekri en donna, au siècle suivant, une description assez détaillée. Cette cité n'était appelée Ghâna que par les étrangers et notamment les Arabes, qui la firent connaître sous ce nom à l'Europe et à l'Asie. Ce n'était pas son nom, mais, si l'on en croit Bekri et es traditions soudanaises, l'un des titres portés par le souverain, que l'on désignait encore sous celui-de kaya-maga ou simplement maga ou magan (= le maître) ou encore sous celui de tounka ( = le prince). D'autres étymologies ont été proposées : Ghânaviendrait ainsi du mot berbère agane qui signifie brousse et aurait donné naissance au Moyen Âge au mot Guinée. Quoiqu'il en, soit, la ville elle-même était connue des habitants sous le nom de Koumbi  Koumbi-Koumbi ( = la butte ou les tumulus) ou encore Kombi Saleh (au Sud-Est de la Mauritanie moderne), par lequel on désigne encore aujourd'hui son emplacement probable. Celui-ci se trouve entre Goumbou et Oualata, à une centaine de kilomètres environ au Nord-Nord-Est de la première de ces localités, dans une région du Hodh que les Maures nomment Aouker ou Aoukar terme géographique d'ailleurs commun à beaucoup de régions sub-sahariennes), les Mandingues et les Bambara Bagana ou Mara, les KhassonkéBakhounou et les Sarakollé Ouagadou, et qui s'étend d'une façon générale au Nord et au Nord-Est de Goumbou.

L'explorateur Bonnel de Mézières, qui a visité et fouillé cet emplacement en 1914, y a retrouvé les vestiges d'une grande cité correspondant très exactement à celle décrite par Bekri, avec des ruines de constructions en pierres taillées et parfois sculptées. La contrée où s'élevait Ghâna ou Koumbi est actuellement très aride. Mais les traces très nombreuses et très étendues d'anciennes habitations et de sépultures montrent que le pays était autrefois peuplé, en partie tout au moins, de sédentaires et laissent supposer qu'il était mieux arrosé qu'aujourd'hui et plus propre à la culture. Au reste, Bekri parle de champs vastes et prospères qui s'étendaient à l'Est de Ghâna et les traditions locales sont unanimes à attribuer le déclin du royaume et la dispersion de ses habitants au dessèchement du Ouagadou et à la famine qui en fut la conséquence. Il est probable que ces circonstances eurent en effet beaucoup plus d'influence sur la fin de l'empire de Ghâna que les pillages successifs dont la ville fut l'objet de la part des Almoravides en 1076, du roi de Sosso, Soumangourou Kannté, en 1203 et enfin du roi du Manding, Soundiata Keïta, vers 1240. Une ville populeuse et un État florissant survivent au pillage et à la défaite, mais ne résistent pas au manque d'eau et de nourriture.

Le Bagana ou Ouagadou et la plupart des districts subsahariens que nous englobons aujourd'hui sons les noms de Hodh dans l'Est et de Mauritanie dans l'Ouest devaient, à l'époque lointaine où ils se prêtaient à la culture et à la vie sédentaire, être habités par des Noirs, plus ou moins métissés et d'autochtones blancs nord-africains. Ces Noirs formaient un ensemble, assez disparate peut-être par certains côtés, que les traditions maures désignent généralement par le terme deBafour et d'où sont sans doute sortis .depuis, par ramification, les Songoï ou Songhaï vers l'Est, les Sérères vers l'Ouest et, vers le Centre, un une population appeléeGangara (Gangari au singulier) par les Maures, Ouangara par les auteurs arabes et les écrivains de Tombouctou, et comprenant de nos jours, comme fractions principales, les Mandingues proprement dits ou Malinké, les Bambara et les Dioula. Ces derniers allaient établir un réseau commercial à longue distance.

C'est dans cette région et parmi ces Bafour, déjà ramifiés sans doute, que se fixèrent vraisemblablement les immigrants, sans doute berbères, qui passent pour avoir colonisé notamment le Massina (Macina) et le Ouagadou et avoir fondé le royaume et la ville de Ghâna. Ces immigrants comprenaient probablement à la fois des cultivateurs et des pasteurs. Quelque considérable qu'ait pu être leur nombre, il était certainement très inférieur à celui des populations au milieu desquelles ils s'installèrent et sur lesquels ils établirent leur domination. Il dut y avoir, dès le début, quantité d'unions entre Blancs et Noirs et de ces unions naquirent, semble-t-il, deux très importantes populations, dont chacune devait jouer par la suite un rôle de premier ordre dans l'histoire du Soudan occidental et central et dans le développement de sa civilisation.

A Ghâna même, dans le Ouagadou, dans le Massina et ailleurs encore, l'union des Sémites en majorité sédentaires avec des Ouangara notablement plus nombreux que les premiers engendra probablement le peuple qui se donne lui-même le nom de Sarakollé, c'est-à-dire « hommes blancs», en souvenir de l'une de ses ascendances, que plusieurs tribus soudanaises appellent Soninké et les MauresAssouanik, que les Bambara dénomment Mara-ka ou Mar'-ka (gens du Mara ou Ouagadou) et que les auteurs arabes et les Songhaï de Tombouctou désignent par le terme de Ouakoré. Ce peuple parla une langue très voisine de celle des Ouangara; elle devint la langue usuelle de Ghâna et est encre aujourd'hui celle des Sarakollé du Sahel et du Sénégal, des habitants sédentaires dits Azer ou Ahl-Massîne (gens du Massina) de certaines oasis telles que Tichit et enfin de quelques tribus qui ont adopté les habitudes errantes des Maures leurs voisins ou conservé celles de leurs ancêtres blancs nomades, telles que celles des pasteurs Guirganké et, croit-on, des chasseurs Némadi.

A l'Ouest de Ghâna, dans la région de pâturages du Termès, le mélange de nomades venus du Nord avec des Sérères et surtout la longue cohabitation durent donner naissance au peuple des Peuls ou Foulbé, qui parla une langue assez voisine de celle des Sérères et qui, plus tard, essaima vers le Massina et, de l'autre côté, vers le Tagant et le Fouta-Toro, pour envoyer ensuite quelques-unes de ses fractions au Sud-Ouest dans le Fouta-Djalon, à l'Est et au Sud-Est dans la boucle du Niger, le Haoussa, l'Adamaoua et les pays voisins du Tchad.

Cependant, à Ghâna même, après une succession de princes berbères qui, d'après le Tarikh es-Soudân, auraient été au nombre de 44, dont 22 avant l'hégire et 22 après, mais dont le dernier, au dire du Tarikh el-fettâch, aurait été contemporain deMohammed, le pouvoir passa à la dynastie sarakollé des Sissé qui, peut-être, comme le prétendent ses descendants actuels, était apparentée à la première dynastie et ne constituait, en quelque sorte, qu'une continuation de celle-ci, de plus en plus métissée.

Quoi qu'il en soit, c'est sous le règne de ces Sissé, que Massoudi et les autres auteurs arabes disent formellement avoir été des Noirs, que l'État de Ghâna atteignit son apogée. Au témoignage de Bekri, de Yakout et d'Ibn-Khaldoun, son pouvoir se faisait sentir dès le IXe siècle sur les Berbères Zenaga ou Sanhadja (Lemtouna, Goddala ou Djeddala, Messoufa, Lemta, etc.) qui avaient depuis peu poussé leurs avant-gardes méridionales jusque vers le Hodh et dans la Mauritanie actuelle; Aoudaghost, capitale de ces Berbères, située sans doute au Sud-Ouest et non loin de Tichit, était vassale du roi noir de Ghâna et lui payait tribut; une tentative d'indépendance de la part du chef des Lemtouna motiva, vers 990, une expédition du roi de Ghâna, qui s'empara d'Aoudaghost et raffermit son autorité sur les Berbères sédentaires et sur les « Zenaga voilés » du désert, ainsi que s'expriment plusieurs auteurs arabes.

Du côté du Sud, les dépendances de Ghâna s'étendaient jusqu'au delà du fleuve Sénégal et jusqu'aux mines d'or de la Falémé et du Bambugu (Bambouk), dont le produit alimentait le trésor des Sissé et servait à opérer de fructueux échanges avec les caravanes marocaines venues du Tafilalet et du Dara; elles s'étendaient même jusqu'au Manding, sur le haut Niger. Vers l'Est, les limites du royaume atteignaient a peu près la région des lacs situés à l'occident de Tombouctou. Au Nord, son influence se faisait sentir en plein coeur du Sahara et sa renommée avait pénétré jusqu'au Caire et à Bagdad.

Le mouvement almoravide

Cependant l'islam commença, au début du XIe siècle, à pénétrer chez les Berbères du Sahara et de la lisière du Soudan. Vers 1040, un mouvement de propagande musulmane prit naissance parmi quelques fractions de la tribu des Lemtouna, qui habitait principalement le Tagant et le district d'Aoudaghost, et de celle des Goddala ou Djeddala, qui nomadisait entre l'Adrar mauritanien et l'Atlantique et formait avec la première une sorte de confédération. D'un monastère, situé sur une île du bas Sénégal ou à proximité de son embouchure, allait sortir, pour prêcher l'islam et guerroyer du Soudan jusqu'au Maroc et à l'Espagne, la secte fameuse des Almoravides (al-morabetîne, les «-marabouts », étymologiquement « ceux qui s'enferment dans un ribât ou monastère-»).

Sous la direction du fougueux prédicateur Abdallah ben Yassine, Berbère originaire de l'Afrique du Nord, aussi farouche réformateur religieux que guerrier infatigable, et sous le commandement nominal de Yahia ben Ibrahim, chef des Goddala, puis de Yahia ben Omar, de la tribu des Lemtouna, un mouvement se produisit qui ne devait avoir chez les Noirs que des résultats politiques éphémères mais qui en eut de très durables et de fort importants au point de vue religieux. C'est en effet aux Almoravides qu'il convient d'attribuer la conversion à l'islam des fractions soudanaises qui, depuis, l'ont propagé à leur tour dans une notable partie de l'Afrique, Tekrouriens ou Toucouleurs, Sarakollé, Dioula et Songhaï.

Dès le milieu du XIIIe siècle commença une lutte âpre et sans merci entre les bandes almoravides, qui représentaient l'islam et les rois sarakollé de Ghana qui, bien qu'ayant été toujours hospitaliers à l'égard des musulmans, passaient pour être les champions du paganisme. En 1054, Aoudaghost, quoique capitale d'un royaume berbère, était attaqué, pris et pillé par Abdallah ben Yassine, sous le prétexte que cette ville payait tribut au roi de Ghâna.

En même temps, une active propagande religieuse était faite par les soins du même Abdallah parmi les populations qui résidaient alors sur les deux rives du Sénégal, ainsi qu'auprès des populations nigériennes. A vrai dire, elle rencontrait souvent une résistance qui, lorsqu'elle ne pouvait se manifester autrement, se traduisait par l'exode des habitants. C'est ainsi que la plupart des Sérères émigrèrent sur la rive gauche du fleuve, dans le Tekrour (qui correspondait à peu près à la province appelée plus tard le Fouta Toro), d'où un nombre considérable allèrent se grouper dans le Sine, où nous les trouvons encore aujourd'hui; ils laissaient le champ libre aux Berbères dans ce qui est devenu depuis la Mauritanie, chassés à la fois par le désir d'échapper à la contrainte et aux exactions des Almoravides et par le souci de rechercher des terres plus fécondes et moins arides. C'est ainsi encore que, poussés par des motifs analogues, les Peuls de Termès et du Tagant commencèrent à essaimer avec leurs troupeaux vers la même région du Fouta-Toro, où ils devaient, pendant bien longtemps, résister à l'emprise musulmane.

Cependant, certaines familles royales du pays noir, attirées vers la religion nouvelle par le prestige qui s'attachait à ses adeptes, se rangeaient délibérément sous la bannière de Mohammed. Tel fut le cas des princes qui détenaient alors le pouvoir au Tekrour, sous la tutelle plus où moins, lointaine des empereurs de Ghâna et qui devaient être des Sarakollé. Ils régnaient sur un peuple vraisemblablement très composite, formé d'éléments sarakollé, mandingues, sérères et peut-être ouolofs, qui finit par adopter la langue des Peuls ses voisins et qui est connu aujourd'hui sous le nom de Toucouleurs; ce mot n'est du reste que l'altération du nom primitif de la ville et du royaume de Tekrour. 

Tekrour. - On s'accorde à situer l'emplacement de la ville de Tekrour, d'après les données des auteurs arabes du Moyen Age et d'après les traditions locales, non loin de Podor, dans la province du Fouta Sénégalais appelée Toro. Dans la suite des temps, le nom de Tekrour fut appliqué par les écrivains musulmans à l'ensemble des pays noirs se trouvant sur la lisière sud du Sahara et en grande partie islamisés; il devint ainsi à peu près synonyme de « Soudan » et c'est avec cette acception qu'il a longtemps figuré sur nos cartes géographiques.
Un disciple d'Abdallah ben Yassine, sur lequel courent de nombreuses légendes et dont la mémoire a été transmise sous plusieurs noms différents, dont celui d'Abou Dardaï, convertit à l'islam les princes et les notables du Tekrour, qui devinrent pour les Almoravides des alliés effectifs.

Un Berbère lemtouna, qui, d'après Léon l'Africain, n'était autre que le propre père de Yahia bel Omar et du fameux Abou-Bekr ou Boubakar, se serait rendu jusque dans le Mandingues et aurait réussi à enrôler dans la religion nouvelle le roi de ce pays (L'Empire du Mali), nommé Baramendana, auquel il aurait fait entreprendre le pèlerinage de La Mecque. Il ne faudrait pas exagérer pourtant l'importance de ces conversions opérées par les Almoravides, ni avancer, comme on l'a fait parfois, que ceux-ci gagnèrent tout le Soudan à l'islam. En réalité, les conversions ne semblent avoir été sérieuses et durables que chez les princes et les hauts fonctionnaires et dans leur entourage immédiat : la masse du peuple, ou bien résista à l'islamisation par l'exode, comme nous l'avons vu en ce qui concerne les Sérères et les Peuls, ou bien ne se laissa pas entamer par les efforts, des prédicateurs almoravides, comme ce fut le cas pour les Ouolofs et les Mandingues , ou bien n'accepta la foi nouvelle que pour l'abandonner lorsque prit fin au Soudan la puissance éphémère des disciples d'Abdallah ben Yassine. Ce n'est guère que chez les Tekrouriens ou Toucouleurs, chez les Songhaï et, chose étrange, chez les Sarakollé et les Dioula issus d'eux, que l'islam pénétra largement et fortement.

Les Sarakollé, en effet, finirent, contraints et forcés, par accepter après leur défaite la religion de leurs vainqueurs, mais ils devinrent ensuite les meilleurs musulmans de tout le Soudan occidental, transportant avec eux la foi musulmane dans les nombreuses régions du Sénégal, du Sahel et du Massina où ils s'établirent après la chute de Ghâna et la dispersion de ses habitants, et la passant à cette curieuse population, commerçante et entreprenante, des Dioula, qui passe pour être issue des Sarakollé de Dia ou Diakha (Massina) et de Djenné et qui, à son tour, propagea l'islam jusqu'à la lisière septentrionale de la grande forêt équatoriale. Dès la fin duXIe siècle, moins de cinquante ans après les premières prédications d'Abdallah et de ses missionnaires, l'islam avait atteint quelques points situés à moins de 400 kilomètres de la côte du Golfe de Guinée; des Dioula musulmans, attirés dans cette région par les noix de cola qu'elle produit en abondance, avaient fondé Bégho près du coude que forme la Volta Noire à hauteur du 8e parallèle, non loin du village moderne de Banda ou Fougoula (Ghana actuel). Cette ville ne devait pas tarder à devenir une très importante métropole et un centre actif de commerce et de propagande islamique; vers la fin du XIVe ou le début du XVe siècle, ses habitants se dispersèrent et allèrent s'installer plus à l'ouest, près de modestes hameaux tels que Gotogo (Bondoukou) et Kpon (Kong), situés dans l'actuelle Côte d'Ivoire, les transformant rapidement en véritables villes, s'y enrichissant dans le commerce des colas, des boeufs, des tissus et de la poudre d'or et y introduisant des habitudes de recherche intellectuelle qui ont subsisté jusqu'à notre époque.

Mais il nous faut revenir à l'histoire de la lutte entre les Almoravides et Ghâna. Aboubekr ben Omar avait, en 1057, succédé comme chef des premiers à son frère Yahia et avait commencé la conquête du sud marocain avec l'aide d'Abdallah ben Yassine. La mort de celui-ci, survenue en 1058 ou 1059, fit d'Aboubekr le maître unique et incontesté des Almoravides. L'année suivante, laissant son cousin Youssof ben Tachfin achever la conquête du Maroc et fonder Marrakech, Aboubekr se porta du côté de l'Adrar et du Tagant, où les tribus berbères se faisaient la guerre les unes aux autres et, après avoir ramené la paix parmi elles et raffermi sa propre autorité, il donna tous ses efforts à la destruction de l'empire de Ghâna. Celui-ci cependant ne succomba qu'au bout d'une quinzaine d'années, après une résistance acharnée au cours de laquelle les troupes berbères essuyèrent plus d'une défaite. Enfin, en 1076, les Almoravides s'emparaient, de la vieille cité soudanaise et passaient au fil de l'épée tous les habitants qui ne voulurent pas embrasser l'islam. Onze ans plus tard, en 1087, peu de  temps après que la prise de Séville par Youssof ben Tachfine donnait l'Espagne aux Almoravides déjà maîtres du Maroc, Aboubekr était tué dans l'Adrar, au cours d'une nouvelle révolte de ses sujets les plus directs, et la puissance de sa secte et de sa dynastie, qui venait de s'affirmer d'une manière si éclatante dans le Nord de l'Afrique et le Sud de l'Europe, disparaissait du pays même qui avait constitué son point de départ.

Les royaumes de Diara et de Sosso

Toutefois le Ghâna ne devait plus retrouver sa grandeur passée. Plusieurs provinces de l'empire avait profité de la lutte entre les Sissé et les Almoravides pour s'affranchir de la tutelle du tounka ou maga suprême et étaient devenues des royaumes indépendants, dont chacun eut son propre tounka ou maga, appartenant à quelqu'une des grandes familles sarakollé chez lesquelles les souverains de Ghâna choisissaient les gouverneurs des districts éloignés de l'empire.

C'est ainsi que la dynastie sarakollé des Niakhaté avait fondé à Diâra, près et au Nord-Est de la localité moderne de Nioro, le royaume du Kaniaga ou des mana oumanamagan, qui ne tarda pas à se rendre maître du Tekrour et à englober, à peu près tout ce qui constitue le Sahel soudanais, c'est-à-dire la majeure partie des anciennes dépendances méridionales du Ghâna. Vers 1270, la dynastie des Diawara remplaça à Diâtra celle des Niakhaté; elle .se maintint au pouvoir jusqu'en1754, époque de la conquête du Kaniaga par les Bambara-Massassi. Dans l'intervalle, l'autorité des Diawara avait d'ailleurs perdu de sa .vigueur et avait été sapée peu à peu par la puissance sans cesse croissante de l'empire mandingue (Mali), dont le Kaniaga était devenu vassal vers la fin du XIIIe siècle ou le début duXIVe, pour changer ensuite de suzerain et être incorporé, au XVIe siècle, à l'empire songhaï de Gao.

Plus à l'Est, à mi-chemin environ entre Goumbou et Bamako; se trouve un village du nom de Sosso qui eut, lui aussi, son heure de célébrité. Le roi de Ghâna y entretenait un gouverneur pris dans la famille sarakollé des Diarisso, lequel, vers la fin du Xlesiècle, fit comme le gouverneur Niakhaté de Diâra à la même époque et se rendit indépendant. Un siècle après, vers 1180, une autre famille sarakollé, celle des Kannté, appartenant, dit-on, à la caste des forgerons, renversa la dynastie des Diarisso et s'installa à sa place. Sous la direction de Soumangourou Kannté, qui passait pour un habile général et un non moins habile sorcier, le royaume de Sosso prit une extension considérable. En 1203, Soumangourou s'empara de Ghâna et réduisit à l'état de vassal le descendant des anciens suzerains de Sosso. Cette action d'éclat a été rapportée par lbn Khaldoun, dont le texte, mal interprété, a fait accréditer longtemps la légende de la destruction de Ghâna par les Sosso ou Soussou de la Guinée, laquelle légende n'est qu'une erreur basée sur une simple et fortuite homonymie. Ensuite, le même prince tourna ses armes vers le Sud contre le Manding ou Mali, qu'il annexa à peu près au moment où des musulmans émigrés de Ghâna fondaient Oualata ou lui insufflaient une vie nouvelle, c'est-à-dire vers1224. Mais cette annexion ne devait être que momentanée et sonner le glas de la puissance et de la vie même de Soumangourou. Bientôt, en effet, un roi jeune et actif, le fameux Soundiata, succédait au Manding à ses frères incompétants et, vers1235, il battait et tuait Soumangourou non loin de Koulikoro, annexait à son tour à son État celui de Sosso et poussait jusqu'à Ghâna, qu'il détruisait de fond en comble en 1240(Delafosse).

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'empire du Ghana 2ème partie
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:40

Le plus vaste empire qu'ait connu l'Afrique noire et de l'un des plus considérables qui aient existé dans le monde, a été l'empire du Manding ou Mandé ou, pour employer le nom que nous ont légué les historiens et géographes arabes, et qui n'est autre que la forme peule du mot « Mandé », l'empire du Mali ou Melli. Le Manding ou Mandé est au départ un petit royaume (une des nombreuses chefferies du Haut Niger) dont la capitale était, vers le début du VIIe sièclele village de Kangaba.  Ses habitants portent, selon la variante dialectale considérée, l'un des noms deMandengaMandinga ou Mandingo, dont on a fait « Manding » comme nom de pays et «-Mandingue » comme nom de peuple, et sont appelés par les Peul Malinké, forme que l'on a adoptée communément pour désigner les Mandingues proprement dits et leur langue, réservant l'appellation de «-Mandingues » ou «-Mandé » à l'ensemble de la population dite Ouangara par les Arabes.

L'État des Mandingues, dont le roi s'est converti à l'Islam vers le milieu du XIesiècle, a bénéficié de l'effondrement du Ghâna et a fondé sa croissance sur le commerce transsaharien des esclaves, du sel et surtout de l'or dont plusieurs gisements étaient exploités à proximité, notamment dans les mines du Bouré ouBouté, le Bitou des auteurs arabes. L'agriculture, qui a  bénéficié des terres fertiles de la boucle du Niger, a également contribué à la prospérité de cet empire. Au XIVesiècle, le roi Gongo-Moussa a porté l'empire à son apogée. Il englobe alors les cités-Etats de Tombouctou de Gao et de Djenné. La mauvaise gestion de ses successeurs et les coups qui lui sont portés de l'extérieur (Touareg, Songhaï, Mossi) précipitent son déclin dès le début du siècle suivant. Le dernier débris de l'empire du Mali sombrera au début du XVIIIe siècle.

Dates -clés  :
VIIe s.  - Royaume mandingue de Kangaba.

1050 - Conversion du roi Mandingue à l'Islam.

1235 - Soundiata Keita renverse le royaume Sosso à la bataille de Kirina

1307 - 1332 - Règne de Gongo-Moussa (apogée de l'empire du Mali; prise de Tombouctou et de Gao).

1333 - Les Mossi pillent Tombouctou.

1430 - Prise de Tombouctou par les Touareg. Fin de la puissance mandingue.

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'empire du Mali
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:41

Depuis plusieurs siècles, les mansa ou rois du Manding, qui tous appartenaient à la lignée du clan des Keïta, menaient à Kangaba une existence obscure, lorsque, aux environs de 1050, Baramendena, celui qui régnait alors fut converti à l'islampar un Almoravide (L'Empire du Ghâna), fit le pèlerinage de La Mecque et commença à nouer avec les États voisins des relations qui furent favorables à l'accroissement de sa puissance et au développement de son pays, en même temps qu'il cessait de se considérer comme un vassal de l'empereur de Ghâna. Jusque-là, c'était surtout le Bambouk qui fournissait la poudre d'or dont le commerce enrichissait Ghâna et entretenait des échanges actifs et continuels entre le Soudan et l'Afrique du Nord. Les Almoravides ayant appris à connaître le chemin du Manding et l'ayant enseigné aux caravanes marocaines, ce fut le Bouré qui, désormais, devint la principale source de production du métal précieux, ce qui ne contribua pas  peu à remplir le trésor du roi du Manding et à ouvrir à son peuple des horizons nouveaux.

Plusieurs auteurs arabes nous apprennent, qu'en 1213, un mansa du Manding, nommé selon les uns Moussa et selon d'autres Allakoï, se rendit en pèlerinage à La Mecque. Il y retourna trois fois durant son règne, ce qui indique qu'il disposait d'une certaine fortune et ce qui ne manqua pas de grandir son prestige.

Mais les richesses du roi de Kangaba et la réputation des mines d'or du Bouré devaient exciter des convoitises. Profitant de la mollesse des successeurs immédiats de Moussa-Allakoï, le roi de Sosso Soumangourou entreprit et réalisa, vers 1224, la conquête du Manding, qu'il annexa brutalement à son État. Cependant Soundiata Keïta, appelé aussi Maridiata, petit-fils de Moussa, résolut de rendre l'indépendance à son pays et y réussit. Après s'être procuré l'alliance des chefs mandingues qui résidaient à l'Ouest, au Sud et à l'Est de Kangaba et les avoir amenés, de gré ou de force, à lui obéir, il recruta chez eux les éléments d'une puissante armée, à la tête de laquelle il marcha contre son éphémère suzerain. Les deux princes se rencontrèrent en 1235 à Kirina, non loin de près du Niger, où Soumangourou fut défait et tué. Sans perdre de temps, Soundiata continua sa marche victorieuse, entra en maître à Sosso, poussa jusqu'à Ghâna qu'il prit. et détruisit (1240), surtout dans le but de faire reporter sur lui-même la renommée qui s'attachait à cette antique capitale d'un glorieux empire, et jeta ainsi les bases. d'un puissant État. Il ne se contenta pas d'être un grand guerrier les traditions disent qu'il donna tous ses soins au développement de l'agriculture, qu'il introduisit dans son pays la culture et le tissage du coton et qu'il fit régner la sécurité la plus absolue d'un bout à l'autre de son royaume. Ce prince si remarquable périt en 1255 dans sa capitale, victime un accident survenu au cours d'une fête publique.

Son successeur, le mansa Oulé, renouvela la tradition inaugurée par Baramendana et se rendit à La Mecque, tout en reportant plus loin vers l'Ouest les limites de l'empire naissant et en y incorporant le Bambouk, le Boundou et la majeure partie de la vallée de la Gambie.

Intermède. 
De 1285 à 1300 régna un usurpateur, le seul qui soit mentionné au cours de la longue lignée des Keïta. C'était un serf ou un esclave affranchi nommé Sakoura. Il ne fit d'ailleurs que continuer l'oeuvre de ses maîtres et prédécesseurs, poussant la conquête mandingue vers le Nord-Est dans le Massina et la province de Djenné et vers le Nord-Ouest jusqu'au bas Sénégal, disputant le Tekrour aux rois de Diâra et faisant de ceux-ci ses vassaux, engageant des négociations commerciales directes avec la Tripolitaine et le Maroc et accomplissant lui aussi le pèlerinage de La Mecque, pour être assassiné au retour, près de Djibouti, par des Danakil qui en voulaient à son or. Ses compagnons firent dessécher son corps afin de le conserver et le rapportèrent par le Ouadaï jusqu'à Kouka, dans le Bornou; le roi de ce dernier pays expédia des messagers au Manding pour informer la cour et le peuple de la nouvelle et une ambassade fut dépêchée de Kangaba à Kouka, qui ramena les restes de Sakoura; on fit à celui-ci les honneurs de la sépulture royale des Keïta.

Le règne de Gongo-Moussa

Les Keita réoccupèrent ensuite le trône. L'un d'eux, que l'on désignera ici sous le nom de Gongo-Moussa (on trouve aussi les orthographes :  Kango-Moussa, Kankan-Moussa ou Kankan Musa, Mansa Musa, etc.), qui régna de 1307 à 1332, porta à son apogée la puissance de l'empire mandingue. Vers la fin de sa vie, en 1324; il se rendit à La Mecque en grand cortège, passant par le Touat et le Caire et soulevant partout sur son passage l'intérêt et la curiosité. Il rencontra aux Lieux-Saints un Arabe d'une famille de Grenade, nommé Ibrahim es-Sahéli, qu'il détermina à l'accompagner au Soudan. Le retour eut lieu l'année suivante, par Ghadamès, où el-Mâmer, descendant du fondateur de la dynastie des Almohades, s'était rendu au devant du souverain noir; à la prière de celui-ci, el-Mâmer se joignit au cortège impérial et alla avec lui jusqu'au Manding.

Avant que Gongo-Moussa ne fût parvenu au Niger, il apprit que son lieutenant Sagamandia venait, en son absence, de s'emparer de Gao (1325); il décida alors de se rendre dans cette ville pour y recevoir l'hommage du dia Assibaï, qui lui remit comme otages ses deux fils, dont l'un devait, dix ans après, revenir à Gao, y fonder la dynastie des sonni et secouer la tutelle du Manding. Comme El-Mâmer  s'était montré choqué de la médiocrité du bâtiment - une simple hutte à toit de paille - qui servait de mosquée aux musulmans de Gao, le mansa pria es-Sahéli, qui cumulait le métier d'architecte avec celui de poète, de bâtir une maison de prière plus digne du Très-Haut, es-Sahéli construisit donc à Gao une mosquée en briques, à terrasse crénelée et à minaret pyramidal, qui aurait été, selon la tradition, le premier édifice soudanais de ce type aujourd'hui si répandu.

L'architecture d'Es-Sahéli. 
Gongo-Moussa se rendit ensuite à Tombouctou, qu'il annexa à son empire, en même temps que Oualata. Es-Sahéli bâtit également à Tombouctou une mosquée à terrasse et à minaret; il y construisit aussi, pour servir de salle d'audience au souverain du Manding lorsqu'il voudrait séjourner à Tombouctou, une grande maison carrée à terrasse et à coupole qu'on appela le mâdougou ( = terre du maître) et dont on montre encore aujourd'hui l'emplacement. Ce fut l'occasion d'une importante transformation dans l'architecture soudanaise jusque-là, au témoignage d'El-Mâmer, qui fit plus tard le récit de son voyage à son ami Ibn Khaldoun, on ne connaissait que la hutte cylindrique à toiture conique en paille, encore répandue de nos jours dans presque toute l'Afrique noire; à Ghâna même, d'après Bekri, c'était le seul type d'habitation qui eût jamais existé, en dehors des maisons en pierre du quartier royal; à Tombouctou, à Djenné, à Kangaba, il en était de même; le mâdougou et les mosquées édifiées par Es-Sahéli furent trouvés remarquables, on s'efforça de les imiter dans tous les centres soudanais et ce genre de constructions, auquel on a voulu bien à tort attribuer une origine égyptienne, ne tarda pas à se généraliser et à pénétrer même chez les populations de la vallée de la Volta, où il revêtit d'ailleurs l'aspect un peu spécial d'une manière de châteaux-forts.

On raconte que Gongo-Moussa, très satisfait du travail de son architecte, lui remit en paiement 12 000 mithkals d'or d'après Ibn Khaldoun ou 40 000 mithkals d'après Ibn Batouta, c'est-à-dire 54 kilos du précieux métal selon le premier ou 180 kilos selon le second. Es-Sahéli suivit son généreux maître jusqu'à Kangaba, lui construisant en route un autre mâdougou à Niani, qui était à cette époque la  capitale de l'empire et dont on montre l'emplacement, désigné encore sous le nom de « Niani-Mâdougou », entre Niamina et Koulikoro. Ensuite l'architecte arabe retourna à Tombouctou, où il mourut en 1346. 
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architecture du Soudan 
Un exemple de l'architecture d'es-Saheli.

La chute

Gongo-Moussa était mort lui-même en 1332. A cette date, l'empire mandingue occupait à peu près la même superficie que l'ensemble des territoires de la future Afrique Occidentale Française et des colonies étrangères qui y étaient enclavées, à l'exception des pays du Sud couverts par la forêt dense et des régions situées au centre de la Boucle du Niger. Les Mossi et les Dogon, apparentés au Keita (dans la région falaises de Bandiagara, au Sud-Est de l'actuel Mali) furent ainsi pratiquement les seuls dans ce vaste espace à préserver leur indépendance. Le maître l'Empire était en relations amicales et suivies avec les plus grands potentats musulmans de l'Afrique du Nord et notamment avec le sultan mérinide du Maroc. Peu de temps avant sa mort, Gongo-Moussa avait envoyé une ambassade à Fès, pour féliciter Aboul-Hassane de la victoire qu'il venait de remporter sur Tlemcen, et, le sultan de Fès en avait dépêché une en retour au Manding, où elle arriva en 1336sous le règne du frère de Gongo-Moussa, le mansa Souleimân (1336 -1359); celui-ci ne voulut pas demeurer en reste de politesse et expédia de somptueux cadeaux à son homologue marocain.

C'est sous le règne de ce Souleimân que le célèbre voyageur et géographe arabeIbn Batouta visita le Manding, en 1352-53, depuis Oualata jusqu'à la capitale de l'empire, pour s'en retourner par Tombouctou, Gao, l'Aïr et le Touat.  Il a laissé de son voyage une relation détaillée et apparemment véridique, dans laquelle il se plaît à constater la bonne administration de l'État; sa prospérité, la courtoisie et la discipline des fonctionnaires et gouverneurs de provinces, l'excellente situation des finances publiques, le faste et l'étiquette rigoureuse et compliquée des réceptions royales, le respect accordé aux décisions de justice et à l'autorité du souverain. On a, en lisant son récit, l'impression que l'empire mandingue était un État dont l'organisation et la civilisation se pouvaient comparer avec celles des royaumes musulmans et de bien des royaumes chrétiens de la même époque. Le grand historien Ibn Khaldoun, se trouvant à Biskra en 1353, y apprit de gens bien informés que le pouvoir du mansa du Mali s'étendait sur tout le Sahara, que le roi de Ouargla lui  témoignait de la déférence et que l'ensemble des Touareg lui payait, tribut.

Cependant Gao avait recouvré son indépendance entre la mort de Gongo-Moussa et l'avènement de Souleimân et, une mauvaise administration commence à miner l'État pendant les règnes suivants. Le mansa Maghan (Mari-Diata), au pouvoir entre1360 et 1374 augmente les impôts et gaspille toutes les ressources de l'État. Moussa II, son fils, qui règne de 1374 à 1387, tente de rétablir la situation.  Son armée montra s'en va guerroyer jusque dans l'Est de Gao et pousse même l'audace jusqu'à s'attaquer à Omar ben Idris, sultan du BornouIbn Khaldoun, qui, acheva d'écrire son Histoire des Berbères vers 1395,  dit que, de son temps le Tekrour était encore vassal du prince du Mali Magan-Mamoudou et que les « Zenaga voilés du désert» lui payaient tribut et lui fournissaient des contingents militaires. Une cinquantaine d'années plus tard, des Ouolofs affirmaient au Portugais Diego Gomez que tout les pays qu'ils connaissaient appartenaient au mansa du Manding. Cadamosto, en1455, confirme que le pouvoir de ce dernier s'étendait jusqu'à la basse Gambie au milieu du XVsiècle.

Mais il est trop tard. L'empire du Mali conserve sans doute beaucoup de son prestige. On sait ainsi qu'eut lieu quelque temps après,  par l'intermédiaire des officiers portugais du Rio de Cantor (Gambie) et d'Elmina (Ghana actuel), un échange de présents, de messages et d'ambassades entre l'empereur du Manding, qui s'appelait alors Mahmoud ou Mamoudou d'après Joao de Barros, et le roi du Portugal Jean Il, lequel était monté sur le trône en 1481 et y demeura jusqu'en 1495. Mais la puissance mandinge était bien déjà entrée depuis plusieurs décennies  dans un déclin irrémédiable que vont accélérer les coups du Songhaï, la puissance montante. En 1430, déjà, Tombouctou était tombée entre les mains des Touareg. En 1435, le chef touareg Akil contrôlait, en plus de Tombouctou, Araouân et de Oualata, et les Touareg commencaient à se partager le territoire du vieil empire avec les Mossi. L'agonie du Mali, ou de ce qu'il en restait, durera encore jusqu'au début du XVIIIe siècle, quand les Bambara, lui porteront le coup de grâce. Au siècle suivant plusieurs petits royaumes mandingues se reformeront. Les principaux seront le Kaarta, le Bambouk, le Dentilia, le Tenda, l'Oulli, le Yani, le Saloum et le Fouini. Aucun n'aura cependant un rayonnement comparable, même de loin, à celui de l'ancien Mali. (Delafosse).

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'empire du Mali 2ème partie
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:44

 

 


 

« La Chine est comme un chien endormi, ne la réveillez pas, car le jour où elle s’éveillera, le monde entier tremblera. » Cette phrase attribuée à Napoléon Bonaparte n’aurait pas été envisageable deux siècles plus tôt. À cette époque la Chine n’était qu’une immense contrée s’étendant de l’aile Pacifique aux profondes terres de l’Asie Centrale. Mystérieuse, elle abritait une des plus anciennes cultures connues de l’homme, témoignant par la même occasion de l’apogée ou du déclin de maintes civilisations. Comparée aux autres nations, elle n’exerçait aucun poids sur la scène internationale. La seule inquiétude de l’Occident concernait sa croissance démographique. De nos jours, cette crainte prend une dimension significative, car la Chine compte un cinquième de la population mondiale.

Fort de 1.2 milliards d’habitants, le pays est une mosaïque de plusieurs communautés ethniques. Il existe une importante minorité musulmane, historiquement responsable de nombreuses découvertes et avancées humaines, qui ont mené la Chine à ce qu’elle est aujourd’hui. Cette minorité a montré une grande force d’âme en résistant aux épreuves infligées par leurs ennemis à cause de leur foi en Allâh . Leurs adversités sont toujours d’actualité, jour après jour, conséquences d’un régime répressif contrôlant toute initiative personnelle, malmenant le droit de croire et de pratiquer librement sa religion. Ce régime a manifesté maintes fois sa volonté d’enrayer toute opposition à son idéologie : les massacres et destructions de son fait en témoignent.

Nombre et composition de musulmans

Les musulmans de Chine ont fait preuve d’une ingéniosité remarquable pour pérenniser leur croyance dans un environnement hostile et suspicieux : l’Islam continue aujourd’hui de se renforcer et de s’étendre en Chine, le nombre des musulmans de croitre. Combien sont-ils de nos jours ? Dans les années 80, le recensement officiel montrait que la population chinoise musulmane atteignait les 16 millions de personnes. Or, les estimations de 1949 affirmaient déjà qu’elle comptait entre 45 à 50 millions d’individus ; même son de cloche pour les annales chinoises de 1938, qui avançaient le chiffre de 50 millions. Depuis, la population chinoise a plus que doublé en 50 ans, il est donc difficile d’imaginer que l’évolution démographique de ses musulmans soit allée dans le sens inverse de celle du pays en diminuant. Un tel décalage dément incontestablement les chiffres officiels publiés par les autorités chinoises. Si l’essor démographique des chinois musulmans s’alignait sur celui du pays dans son ensemble, ils seraient 190 millions.

L’Islam en Chine a réuni plusieurs groupes ethniques et a apporté sa propre contribution à l’histoire de la nation. Il concentre dix minorités différentes sur les 56 reconnues par l’Etat, dont six originaires de l’Asie Centrale. L’ethnie musulmane la plus importante est celles des Huis, dispersés sur tout le territoire jusqu’au Myanmar (Birmanie). Les autres sont les Ouigours, les Kazak, les Dongxiang, les Kirghiz, les Salar, les Paoan, les Ouzbeks, les Tatars et les Tajiks : la plupart de ces minorités se trouvent dans la province du nord-ouest de Xinjiang aux frontières du Pakistan, de l’Afghanistan et des républiques d’Asie Centrale. D’autres sont éparpillées dans les provinces de Gansu, Qinghai et Ningxia au nord-ouest. Les Chinois musulmans sont principalement issus de brassages entre populations d’Asie Centrale et de natifs chinois. Quelques communautés ethniques ont également des origines mongoles et tibétaines.

Installation de l’Islam en Chine

Les premiers musulmans de Chine apparurent à la suite de mariages mixtes entre commerçants arabes et perses avec des habitants chinois. Les derniers musulmans ont émergé suite aux conquêtes des territoires musulmans d’Asie Centrale comme la Perse, l’Iraq et l’Afghanistan par les Mongols. L’histoire montre qu’entre le 7ème et le 13ème siècle les empires musulman et chinois étaient les plus avancés dans le domaine commercial. Les commerçants musulmans perses et arabes arrivés en Chine par voie maritime se sont installés dans les villes côtières du sud comme Ghanzhou (Canton), qui était le port le plus important du monde à l’époque. Les musulmans parvenus en Chine par la route se sont sédentarisés à Xi’an et ses alentours, tout au long de la fameuse Route de la soie.

Ce premier chapitre du livre de l’histoire de l’Islam en Chine s’ouvrit en 651 ap. J.C. Selon les documents historiques chinois, ce fut l’année où le gouvernement de Médine durant le califat de ‘Outhmâne envoya officiellement des émissaires pour rencontrer l’empereur chinois dans la capitale Xi’an. Un des envoyés s’appelaient Sa’d Ibnou Abî Waqqâs , le cousin maternel du Prophète . Il fut inhumé dans la ville de Canton, où sa tombe est toujours bien conservée. À cette époque, la Chine était dirigée par la dynastie Tong, connue pour avoir favorisé un commerce florissant et des échanges culturels avec les pays avoisinants. Dans les premiers temps de commerce, l’Islam se limitait à une communauté de commerçants et aux tribus converties. Le lent processus d’islamisation de la Chine vit le jour à travers les contacts commerciaux et les unions matrimoniales entre les marchands musulmans vivant dans les villes chinoises et les autochtones. En 629, la première mosquée en dehors de l’Arabie fut construite à Ghanzhou. L’édifice religieux fut appelé « La mosquée Huaisheng », ce qui veut dire « Souviens-toi du Sage » (en mémoire au Prophète). Erigé sur le bord de la rivière des Perles, il prit aussi l’appellation « Guangta Mosque » signifiant « La mosquée à la tour lumineuse ». Son style moyen-oriental unique, avec son minaret de 25 à 35 mètres de haut servant de phare aux navigateurs de l’époque, n’a de réplique nulle part ailleurs en Extrême-Orient.

 

Bien que les premiers registres de contact chinois avec les musulmans datent de 651, il est très probable que les commerçants musulmans arabes et perses vinrent en Chine avant cette date par voie maritime ou terrestre.

Pendant la dynastie Tang en 618, la fameuse Route de la soie fut étendue pour relier l’Est à l’Ouest. Son point de départ fut Xi’an, capitale de cette dynastie, et se sépara en deux routes qui menaient aux villes arabes et indiennes en passant par l’Asie Centrale et la Perse. Les Arabes et les Perses furent nombreux à entrer en Chine par la Perse en empruntant la Route de la soie à des fins commerciales ; ils dirigeaient la majeure partie de l’import-export. La Grande Mosquée de Xi’an, une des plus imposantes de Chine, témoigne de leur présence.

Pavillon qui fait office de minaret, mosquée de Xi’an

Une des rares pièces témoignant du caractère islamique de ce lieu de prière

Durant la dynastie Song, de 960 à 1278, le commerce entre l’Arabie et la Chine prospéra et devint si important qu’il constituait le tiers des revenus annuels de l’empire. Les commerçants arabes et perses apportèrent en Chine des parfums, de l’ivoire, des perles précieuses et des objets en verre d’Afrique et d’Arabie. Les articles exportés de Chine comptaient du papier, des tissus, du thé, de la porcelaine, de la soie, de l’alun et même des plantes médicinales.

Cette dynastie engagea un commerçant musulman, riche et célèbre, Pou Chou Khan, au poste de haut commissaire de la police maritime pour surveiller le négoce avec les Arabes en Chine. Plus tard, il fut promu commissaire des douanes (1244-1246), puis commissaire de pacification le long des côtes méridionales chinoises.

De 651 à 1279, la Chine fut dirigée par plusieurs dynasties différentes. Même si les changements de dynastie entraînaient quelques remous sociaux, les routes commerciales et spécialement celle de la soie ne furent jamais complètement coupées. Les commerçants arabes et perses se succédèrent de génération en génération apportant non seulement leurs marchandises, mais aussi la guidance spirituelle musulmane à la société chinoise. Les indigènes chinois commencèrent à accepter la foi et se convertirent. Toutefois, le processus s’avérait extrêmement lent…

La véritable percée dans l’histoire des Chinois musulmans eut lieu au 13ème siècle, lorsque les Mongols conquirent pour la première fois les terres musulmanes, puis la Chine entière. Ils établirent la dynastie Yuan en Chine en 1279, et amenèrent avec eux des centaines de milliers d’artisans musulmans, des administrateurs, des soldats et des marchands d’Asie Centrale, de Perse et d’Arabie. Ces musulmans nouveaux venus se différenciaient de leurs prédécesseurs à plusieurs aspects :

- certains d’entre eux appartenaient à l’élite dirigeante de la dynastie Yuan, composée de scientifiques et d’érudits.

- Plusieurs musulmans furent affectés aux postes de gouverneurs de provinces, et au sein des fonctions ministérielles mongoles, douze postes sur seize étaient occupés par des musulmans. Grâce à leur rôle prééminent au gouvernement, ils ne rencontraient aucune restriction quant à la pratique et la propagation de leur religion.

- Contrairement aux premiers commerçants musulmans qui arrivèrent avec une culture rudimentaire et de sommaires connaissances linguistiques, les nouveaux venus étaient issus d’un milieu culturellement et linguistiquement diversifié, ils parlaient leur langue d’origine, ceci rendait les échanges difficiles. Pour une courte durée, la langue mongole servit de moyen de communication. Lorsque les mongols adoptèrent le chinois comme langue officielle, ils s’adaptèrent rapidement au nouvel environnement linguistique et abandonnèrent peu à peu leur langue maternelle. L’arabe et le persan furent maintenus dans les activités et études religieuses. La permutation vers la langue chinoise par les musulmans facilita la propagation de l’Islam au sein des indigènes chinois. Le règne de la dynastie Yuan ne dura que 89 ans, mais l’Islam s’enracina fermement dans la société chinoise durant une génération, et il en émergea une éminente communauté de musulmans chinois.

En 1368, les mongols ont dominé la dynastie Yang, qui fut évincée et remplacée par la dynastie Ming. Cette dernière adopta une politique isolationniste interdisant toute route commerciale maritime avec le monde extérieur. L’influence détériorée des navigateurs musulmans causa le déclin rapide de la communauté musulmane située sur les côtes portuaires. Mais dans les régions intérieures du pays, la situation s’avérait différente : la communauté musulmane continuait de fleurir dans certaines villes et campagnes. Les musulmans commençaient à organiser leurs propres structures, d’où l’apparition de mosquées ici et là. Chaque édifice religieux était indépendant des autres, et adoptait la tendance de la majorité de ses fidèles.

 

Evolution des musulmans 

 99% des musulmans chinois sont sunnites. La plupart d’entre eux suit les écoles d’Aboû Hanîfa et de Mâlik. Quelques musulmans originaires d’Asie Centrale, vivant dans la province de Xinjiang suivent l’école châfi’ite. Du 7ème au 17ème siècle, aucun accent n’avait été mis sur la dénomination des musulmans. La plupart d’entre eux s’appelaient « Qâdim » signifiant « les suiveurs de la tradition islamique ». Ils croyaient en la majorité des articles de foi et observaient les cinq piliers, cependant ils avaient aussi gardé diverses coutumes chinoises, déguisées sous une forme islamique. À partir du 17ème siècle, plusieurs sectes ont commencé à voir le jour. La propagation de différents enseignements sectaires au sein des communautés musulmanes du Nord-Ouest eut un effet immédiat : plusieurs factions se livraient souvent bataille pour la domination et le pouvoir ; certaines combattirent pendant 200 ans, entrainant maintes souffrances et la perte d’ô combien innocentes et précieuses vies !

Chaque secte s’engageait à recruter de nouveaux adeptes parmi les coreligionnaires. Préoccupés à s’entretuer, ils négligèrent complètement leur devoir de propager l’Islam au reste de la communauté chinoise. De plus, dans ces années de division et de discorde, quelques doctrines anti-islamiques furent introduites dans les sectes, dévoyant ainsi bon nombre de croyants des enseignements du Prophète : les hommes qui constituaient une communauté dynamique et prospère plongèrent dans l’apitoiement et les guerres intestines.

Tout comme le reste du monde islamique à la fin du 19ème siècle, la communauté musulmane chinoise se trouvait dans le désarroi le plus total. Les musulmans ordinaires aspiraient à de grands changements et à des réformes. La réponse à leurs attentes se concrétisa avec l’apparition d’un mouvement de revivification de la foi. Cette renaissance surgit en Chine au tournant du 19ème siècle. Sa source fut majoritairement le berceau de l’Islam : la Péninsule arabique. Les fondateurs de ce mouvement revivifiant appartenaient à un groupe qui se rendait souvent au pèlerinage : certains abandonnèrent les pratiques de leur bande pour se conformer au modèle des Arabes rencontrés durant le pèlerinage à la Mecque. Cette tentative rencontra un succès raisonnable, son but principal étant d’encourager les gens à identifier et à rejeter les traditions non islamiques, greffées au fil du temps, pour mener leur vie en accordance avec les préceptes coraniques, en calquant la vie du Prophète Mouhammad , incarnation parfaite des enseignements du Coran. Le désir ardent de réformes rendit ces objectifs populaires aux yeux de la communauté, et permit de réunir les efforts de plusieurs illustres imâms de cette époque. Le message du mouvement réformiste se propagea très rapidement en Chine : il devint la force dominante au sein de la communauté. Des écoles apparurent peu de temps après, fournissant l’instruction primaire et secondaire, usant des dernières méthodes de l’époque pour les filles et pour les garçons. L’Islam était enseigné à la lumière du contexte culturel chinois et à travers les travaux de divers savants chinois, qui représentaient la source principale des études islamiques. Le mouvement réformiste fut aussi la cause de l’organisation d’un mode de vie commun à tous les musulmans chinois : la communauté avait collecté des fermes dans les régions rurales du Nord-Ouest et des entreprises commerciales à travers le pays. Les particuliers étaient encouragés à travailler à la ferme, à s’engager dans des compagnies ou à étudier dans les universités en fonction de leurs talents et capacités. La structure et l’influence de ce mouvement sont toujours maintenus mais progressent peu : le mode de vie communal fut démantelé après la prise de pouvoir par les communistes en 1949. Jusque là, les musulmans participèrent grandement à l’essor de la civilisation chinoise.

La contribution de l’Islam à la Chine

La présence de l’Islam en Chine a été bénéfique au pays et à sa culture de différentes manières. Elle permit à d’éminents musulmans de réaliser de grands progrès dans les domaines de la science, l’administration, la guerre, la politique et le commerce. Un des plus grands navigateurs de Chine était le musulman chinois répondant au nom de ‘Amrou Mouhammad Zhang Ho, et originaire de la famille Ma, musulmane, de la province du Yunnan. Ce fut un caprice de l’empereur Chang Su (1403 à 1444) de la dynastie Ming de changer le nom Ma en Zhang. ‘Amrou Zhang Ho dirigea une flotte de 700 navires et navigua vers l’ouest sept fois. Sa flotte visita plus de trente pays et régions en Asie et Afrique. Elle atteignit le sud-est de l’Asie et les côtes de l’Afrique de l’est, 150 ans avant la découverte du nouveau continent par Colomb. Il encourageait la bonne volonté, l’amitié et le commerce international avec la population locale, partout où sa flotte jetait l’ancre. Bien que ses navires comptaient de nombreux soldats, il ne terrorisait jamais les indigènes ni ne colonisait leurs terres, ce qui contraste fortement avec les exactions des pouvoirs européens envers les natifs des territoires à conquérir…

Au cours de son dernier voyage, en 1433, ‘Amrou Zhang Ho atteignit la péninsule arabique pour accomplir son pèlerinage sur la terre sacrée.

Au Moyen Âge, les érudits du monde islamique excellaient en mathématiques, en algèbre et en trigonométrie. L’introduction de leurs connaissances en Chine facilita énormément l’étude de l’astronomie. C’est un célèbre astronome musulman du nom de Jamâl Ad-Dîn Mouhammad Ibnou Tâhir Ibnou Mouhammad Az-Zaydî que fit venir l’empereur de Boukhârâ. En 1267, il inventa 7 instruments d’astronomie en bronze :

- une sphère armillaire équatoriale ;

- un « instrument pour observer et mesurer les rayons des étoiles de la voûte céleste », sans doute l’organon parallacticon de Ptolémée ;

- un cadran solaire plan pour les heures inégales ;

- un cadran solaire plan pour les heures égales ;

- un globe céleste ;

- un globe terrestre ;

- un astrolabe.

Il a aussi traduit de l’arabe au chinois le nom des étoiles. Il fabriqua également un calendrier perpétuel, utilisé par le gouvernement Yuan jusqu’en 1281. Jamâl Ad-Dîn fonda en 1271 son propre bureau astronomique équipé d’un observatoire, qui coexista avec le bureau chinois de telle sorte que les deux systèmes d’évaluation fonctionnèrent côte à côte, avec plus ou moins de compétition. Les autres astronomes célèbres durant l’histoire Yuan furent Bactia‘Abdoullâh et Massalî : ils ont participé à la régulation de l’ampleur du calendrier utilisé en Chine pour diminuer la différence entre les années lunaires et solaires. Ce calendrier est aussi très précis dans la détermination des quatre saisons, essentielle aux yeux des agriculteurs chinois, coréens et japonais pour la culture de différentes céréales tout au long de l’année.

L’apport de l’Islam ne se limite bien évidemment pas à ces quelques exemples et la civilisation chinoise n’aurait atteint son apogée sans la participation des musulmans. Cependant, le gouvernement chinois a quelque peu perdu la mémoire et n’accorde pas à la population musulmane le statut qu’elle mérite… Mais laissons le second épisode nous relater ces faits…

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'islam en Chine
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:46

La révolution communiste

Depuis 1949, la communauté musulmane chinoise a subi trois phases de politique répressive du régime communiste à l’égard des pratiques religieuses.

  • La première phase s’étend de 1949 à 1958 : la religion pouvait exister dans un environnement extrêmement contrôlé. Seulement une organisation musulmane connue sous le nom de l’Association Islamique Chinoise avait le droit d’exister et était sponsorisée par le gouvernement. Les gens pouvaient pratiquer leur religion en privé, et un nombre limité de mosquées était autorisé à accueillir les fidèles. L’éducation religieuse en dehors de la mosquée était complètement interdite. Le système éducatif communiste s’était approprié les anciennes écoles islamiques, et n’y autorisait aucun matériel religieux. Plusieurs mosquées furent reconverties à d’autres usages. En 1949, on comptait quarante-huit mosquées à Beijing, en 1953, il n’en restait que trois ouvertes !!  
  • La deuxième phase va de 1958 à 1979 : de nombreuses formes de pratiques religieuses et éducatives furent complètement bannies. Les arrestations étaient monnaie courante : des savants et imâms ont commencé à disparaître, certains furent envoyés dans des camps de réforme désertiques dont ils ne revinrent jamais. Dans certaines provinces, toutes les mosquées furent détruites par les communistes. Les étudiants musulmans étaient forcés de boire de l’eau avant d’assister à leurs cours durant le mois de Ramadan. Les croyants étaient même contraints de nourrir les porcs dans plusieurs régions rurales. D’une manière générale, le but principal du régime communiste était d’éradiquer toute influence religieuse au sein de la communauté musulmane chinoise.
  • La troisième phase court de 1980 à nos jours : le contrôle des pratiques religieuses est à l’ordre du jour mais de façon plus relâchée. De nombreuses mosquées dans tout le pays furent autorisées à rouvrir, ou à être reconstruites par la communauté musulmane. Dans une province, les communistes autorisèrent l’édification de plus de trois mille mosquées ces vingt dernières années. Le gouvernement a réorganisé et contrôlé l’Association Islamique Chinoise. Tout comme pendant la première phase, l’éducation religieuse est interdite au sein du système éducatif chinois. Les écoles islamiques privées sont également illégales, et ceux qui enfreignent cette prohibition sont incriminés sans pitié. Dans les mosquées, les étudiants de moins de dix-huit ans ne sont pas autorisés à étudier l’Islam. Pas de prêche religieux, de meeting ou d’événements organisés admis sur les places publiques !


Oppression et massacre des musulmans

C’est donc durant la deuxième phase que le régime communiste lança une campagne antireligieuse sans précédent. Dans la province de Ganzu, les musulmans Dongxiang se sont révoltés pour défendre leur imâm et leur mosquée de la destruction. Ils ont expulsé les officiels gouvernementaux de leur circonscription et désarmé la police locale pour déclarer l’indépendance de leur minuscule comté montagneux. Le régime communiste envoya l’armée qui s’était retirée de la péninsule coréenne. Celle-ci usa de toutes les armes modernes en sa possession et mena des batailles sur les sommets de la région contre des hommes, des femmes et des enfants musulmans, uniquement armés de fusils de chasse, de machettes, de lances et même de couteaux et de ciseaux de cuisine. La révolte fut réprimée après sept mois de combats féroces, et plus de vingt mille musulmans Dongxiang furent massacrés par l’armée communiste. Trente ans après ce tragique événement, il reste encore beaucoup de villages de veuves dans les régions montagneuses dont la population masculine a été assassinée ou emprisonnée.

 

 

 En 1973 les musulmans Huis de la province du Yunnan se sont organisés pour protéger leur mosquée de la destruction. Sous la direction de Ma Ba Hua, ils formèrent une milice, s’équipèrent d’armes automatiques gouvernementales et s’entraînèrent aux techniques défensives de base. Au printemps 1975, le régime communiste de Chine mobilisa deux divisions militaires qui se sont regroupées dans la province du Yunnan. Lorsque les délégations de villageois parties négocier avec le régime revinrent, l’armée les encercla et lança des attaques meurtrières sur les villages musulmans. Elle avait prévu de prendre les villages en quelques heures, mais elle rencontra une telle résistance de la part de la population que la bataille dura six jours et nuits. Le sixième jour, pour réduire les blessés du côté de l’armée, les autorités communistes ordonnèrent l’utilisation d’un canon pour bombarder le village. Quand l’armée entra dans le village, son avancée fut freinée par une résistance de la part des survivants. Le chef du village, Ma Ba Hua, fut mutilé par des débris de canon, et son corps fut protégé par quatre musulmanes. L’armée n’emmena aucun prisonnier de guerre. D’après un témoin oculaire, plus d’une centaine de défenseurs capturés furent rassemblés dans une cour et furent abattus de sang froid par les meurtriers communistes. Parmi les habitants de huit mille villages musulmans, seuls huit cents à mille femmes âgées et enfants ont survécu au massacre. L’armée communiste perdit plus de quatre cents hommes, et mille furent blessés durant le combat.

 

 

En 1982, des milliers d’Huis habitant la région autonome du Ninxia furent une nouvelle fois massacrés, mais cette fois pour avoir lutté en faveur de la liberté de religion et de réels droits autonomes sur leurs propres affaires. En 1993, un demi million de musulmans Huis Dongxiang et Salar des provinces libres du Nord-Ouest comme Ganzu, Ninxia prirent part à un vaste mouvement de protestation contre la discrimination religieuse, exigeant du régime communiste de respecter les droits humains, la liberté individuelle et la liberté religieuse. Ce dernier répondit en envoyant son armée meurtrière et déclara la loi martiale. Sept cents protestataires musulmans furent tués et sept mille furent arrêtés. Plusieurs activistes religieux et opposants furent forcés de passer à la clandestinité ; ils sont toujours traqués aujourd’hui à travers le pays.

 Durant les années soixante et soixante-dix et même au début des années quatre-vingt, le régime communiste fit plusieurs tests nucléaires aériens dans les provinces du nord-ouest de la Chine, principalement habitées par des musulmans. L’air environnemental des musulmans devint hautement pollué : une grande proportion de cancers et d’infirmités natales parachèvent à petit feu le génocide … Le régime ne fit aucun effort pour diminuer ces essais ou compenser les victimes. La destruction de l’environnement des musulmans est encore d’actualité aujourd’hui.

 Début 1997, une autre protestation de la part des Ouigours, vivant dans la région autonome de Xinjiang, éclate. Selon le Sing Tao Daily, le journal chinois de Londres, seize mille protestataires furent arrêtés. La plupart d’entre eux furent condamnés à mort et exécutés le jour même devant une foule de milliers de personnes, en guise de leçon.

 Les régions musulmanes au nord-ouest de la Chine sont riches en minéraux et ressources naturelles. Ganzu et Qinghai procurent plus de 80% de la production chinoise de minéraux rares. Un cinquième des hydrocarbures chinois est généré par ces deux provinces. Xinjiang est en train de devenir la plus grande base de production d’or et de pétrole. Le régime communiste conduit une politique délibérée d’exploitation et d’appauvrissement intérieurs du pays ainsi que les régions des minorités ethniques musulmanes. Ils promeuvent ouvertement une politique économique qui accélère la rapide croissance économique et le développement des provinces du Sud et de l’Est par le biais d’une maîtrise étatique des prix des matières premières et des produits minéraux. Toutes les stations d’hydrocarbures situées sur les terres musulmanes sont directement contrôlées par le ministère du gouvernement central. Les bénéfices de ces stations ne profitent ni aux populations locales ni au gouvernement local.

 

 

 

Ce schéma se reproduit pour les revenus générés par l’industrie de l’huile et des minéraux. Les musulmans, tout comme d’autres minorités ethniques, produisent des matières premières comme du coton, de la laine, des cuirs et des peaux et certains produits agricoles. Les producteurs de ces biens sont obligés de les vendre au gouvernement à des prix officiellement bas. En revanche, ils doivent payer le prix libre du marché pour acquérir des biens manufacturés. Le gouvernement promeut cela en tant que stratégie de développement économique par étape. Cette politique économique à l’endroit des minorités ethniques et la religion musulmane correspond plus au style colonialiste.

 Depuis la fin des années soixante-dix, le régime communiste a adopté une politique des naissances très rigoureuse. Dans de grandes villes comme Beijing, Shanghai, Guanzhou et toutes les capitales provinciales, chaque couple marié n’a le droit d’avoir qu’un enfant. Cette politique s’applique aussi bien aux majorités non musulmanes qu’aux minorités musulmanes. Les gens qui appartiennent à ces groupes ethniques minoritaires doivent demander la permission avant d’avoir un deuxième enfant. Si un couple concevait un second enfant sans licence, la pénitence se concrétiserait par l’interruption provoquée de la grossesse, puis la mère devra être stérilisée, de force si nécessaire. Au long terme, cette gestion brutale risque d’éteindre la communauté musulmane Hui dans de nombreuses parties du pays.

 

L’éducation religieuse 

Quelques fois l’éducation religieuse passe par des écoles islamiques arabes. Ces établissements sont illégaux d’après la loi communiste chinoise. Si le régime trouvait l’emplacement des classes, il les fermerait aussitôt, mais fort heureusement les écoles sont très flexibles. Les étudiants viennent de tout le pays et sont hébergés par des familles musulmanes locales. Les organisateurs ont des plans contingents dans le cas d’interruption forcée. Quand le régime ferme un site un jour, un autre se crée le lendemain à un autre endroit. Il faut compter entre six mois et un an avant que les autorités ne prennent connaissance de l’ouverture d’un nouvel établissement. Même si leur système relève de la survie, taux de réussite scolaire est remarquable. Les écoles qui opèrent selon cette stratégie tendent à adopter un style moderne d’éducation. Ils utilisent de nouvelles méthodes, du matériel récent, et enseignent des matières scientifiques et sociales, ainsi que des cours d’arabe et de religion.

 

 

 Le régime interdit toute publication de littérature islamique, mais il existe certaines éditions clandestines qui circulent au sein des communautés musulmanes. Plusieurs savants chinois empruntant des pseudonymes écrivent des livres sur l’Islam et les publient secrètement à travers des chaines privées. Cependant le climat change : quelques érudits musulmans passent par les chaînes publiques pour publier des livres qui propagent les enseignements basiques du Coran et du hadîth d’un point de vue socioculturel. Cette situation contraste fortement avec celle d’il y a trente ans : dans les années soixante-dix, un certain savant musulman écrivit un ouvrage sur la tradition prophétique, il fut condamné à mort pour sa publication !

Les musulmanes chinoises

Les musulmanes chinoises ont joué un rôle crucial dans le maintien de la communauté musulmane. Pendant la dernière moitié du siècle dernier, elles s’étaient impliquées dans tous les aspects de la lutte communautaire pour survivre sous un régime communiste totalitaire. Durant les périodes les plus noires de la révolution culturelle (1966-1976), l’enseignement et la compréhension des bases de la foi musulmane étaient transmis par la mère dans la plupart des demeures musulmanes.

 

 

 Depuis 1980, plusieurs mosquées ont intégré une section spéciale destinée à faciliter la prière et l’instruction des femmes. Ces écoles coraniques pour femmes ont des classes et des horaires très flexibles pour permettre aux étudiantes, aux mères au foyer et aux professionnelles de trouver un moment pour étudier leur religion. Même avant 1949, les croyantes avaient déjà construit leurs propres mosquées dans de grandes villes comme Beijing et Shanghai. Elles accomplissaient la prière entre elles les jours de semaine, et engageaient un imâm pour diriger la prière du vendredi. En général les musulmanes chinoises ont une personnalité et une détermination fortes. Elles s’engagent toujours fermement aux côtés de leurs coreligionnaires masculins pour faire face à n’importe quel défi. Le moment le plus terrifiant eut lieu durant le massacre du peuple Hui par l’armée communiste dans certains villages de la province du Yunnan. Dans le plan de riposte contre la milice, les musulmanes étaient équipées d’armes automatiques et s’étaient entrainées tout autant que leurs homologues du sexe opposé. Elles combattirent sans relâche, mais finirent par tomber aux côtés de leurs frères de foi et d’armes durant la bataille.

 

 

Vers l’avenir 

D’après la banque mondiale, l’économie chinoise atteindra celle des Etats-Unis d’ici 2015. Si l’on combine les économies de la Chine, de Taïwan et de Hong-Kong, l’ensemble constituera l’économie la plus importante du monde d’ici dix à quinze ans. Avec une telle croissance, la société chinoise, tout comme les autres sociétés industrialisées, est confrontée au déclin rapide des valeurs traditionnelles, morales et sociales. C’est en partie à cause des 30 à 40 ans de destruction perpétrée par les communistes. De hautes qualités traditionnelles comme la politesse, la gentillesse, l’honnêteté envers autrui, le respect mutuel, la courtoisie et la loyauté envers famille, amis et la société en général ont été remplacées par de violentes luttes des classes maoïstes, engendrant cruauté et tromperie les uns envers les autres. Ceci entraina une dysharmonie et de vives tensions dont l’influence néfaste sur la société perdure encore.
Parallèlement au rapide développement économique, tous les problèmes sociaux de l’après-guerre qui engloutissent les sociétés occidentales sont devenus un phénomène courant en Chine. Une large distribution de supports pornographiques, la relance de la prostitution, l’utilisation croissante de drogues, l’accomplissement de crimes violents et la corruption institutionnalisée se développent tous à un degré jamais atteint. La société chinoise tend à se développer de façon déséquilibrée et matérialiste.

 Mise à part la libération économique et le progrès, très peu de faits sont à célébrer sur l’arène politique chinoise. La Chine est toujours sous le régime communiste le plus répressif et dictatorial qui soit. Les Chinois en général, et la communauté musulmane en particulier, ont été victimes de nombreuses violences et d’attaques barbares de la part du gouvernement. Ils n’ont aucune liberté pour propager leur religion, ils n’ont pas le droit de se réunir, de choisir où vivre et comment être instruit. L’ensemble de la population chinoise a très envie d’un grand changement. Le désir de liberté, de justice et de dignité ne peut être réprimé pour toujours. Récemment, la vaste étendue de corruption et le mécontentement de la population forcèrent le régime à mettre en place des sortes d’élections dans des administrations villageoises. Si les Chinois retrouvaient leur esprit traditionnel et leur ancienne sagesse, une société harmonieuse et tolérante pourrait renaître des cendres du système totalitaire communiste pour faire face aux défis du 21ème siècle.

 En ce qui concerne la question de savoir quel genre de stratégie la communauté chinoise et l’Islam en général envisagent d’adopter pour influencer l’avenir de la Chine, la réponse ne doit pas seulement provenir des musulmans chinois mais de l’ensemble de la Oumma. Le message islamique transmis par le Coran, prenant corps dans l’exemple parfait du Prophète Mouhammad , est le dernier communiqué divin ayant pour vocation d’unifier l’ensemble de l’humanité. Mais comment le transmettre de manière plus effective au reste du peuple chinois ? Allâh  nous guide à travers Son Livre Saint : « Invite-les tous à la voie de ton Seigneur avec sagesse et belles paroles, et discute avec eux de la meilleure des façons, car ton Seigneur sait mieux qui dévie de Sa voie et qui reçoit la guidance. », s. 16 An-Nahl (Les Abeilles), v. 125. Cette entreprise nécessite donc une organisation méthodique et subtile à la fois…

 

Cet article est inspiré des paroles de Soulaymâne Ma, né au nord-ouest de la Chine, où il était maître de conférences en psychologie éducationnelle avant de s’installer en Grande Bretagne. Il obtint son master en éducation à l’université de Manchester en 1992. Soulaymâne a consacré une grande partie de son temps à réveiller la conscience des musulmans aux souffrances et aux épreuves de la population musulmane chinoise. Il espère de ses coreligionnaires de part le monde un geste, quel qu’il soit, qui pourrait aider les musulmans chinois à mieux vivre leur Islam.

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'islam en Chine 2ème partie
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