Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 23:50

 

 


Sous les croisés (1099-1187)
 
 

 Le 27 novembre 1095, dixième jour du Concile de Clermont-Ferrand, le pape Urbain II décrète la mobilisation de l’Occident contre les musulmans, sous le prétexte fallacieux de défendre les chrétiens d’Orient et d’arracher le Saint-Sépulcre à « la race maudite ». Cet appel raciste eut un large écho auprès des conquérants cupides, surtout en France. En vérité, les objectifs du Pape étaient multiples :

· Instaurer une théocratie en Orient ;
· Implanter en Terre-Sainte l’Eglise romaine en face de l’Eglise d’Orient, et être en position de force pour imposer l’unité des Eglises autour du pape.Les motivations des chevaliers étaient loin d’être nobles :
· Se tailler des principautés en Syrie-Palestine ;
· Recevoir par avance « l’indulgence » plénière du Pape pour leurs péchés ;
· Remise de leurs dettes en Europe ;
· Piller l’Orient. Les marchands italiens des ports d’Amalfi, de Gênes ou de Venise, transportèrent les croisés dans l’espoir de s’accaparer les trésors de l’Orient aux dépens des musulmans, mais également de leurs rivaux d’Occident. De peur de perdre des marchés avec certains pays musulmans, ils firent montrent de prudence et n’envoyèrent des renforts qu’en 1100, lorsque la victoire était quasiment assurée et des débouchés commerciaux garantis.          

 Godefroy de Bouillon envahit la Palestine après un siège de quarante jours. Les croisés se livrèrent au pillage et au massacre durant une semaine entière : 7 000 musulmans, sans distinction d’âge ni de sexe, furent trucidés ; les juifs réfugiés dans la synagogue principale pour prier y furent bloqués et brûlés vifs, et ceux qui s’en échappaient furent passés au fil de l’épée dans les ruelles. Jérusalem était mis à sac et les chefs se partagèrent les territoires :
· Edesse devint une principauté bourguignonne ;
· Antioche un fief normand ;
· Tripoli est rattaché à la Provence ;
· Un royaume fut instauré à Jérusalem, suzerain des autres, en principe.

Ne respectant ni la culture, ni le passé des autochtones, les envahisseurs plaquèrent sur le pays leur système féodal empreint de militarisme et de cléricalisme. Ils tiraient leurs revenus, non pas de l’Etat sans racine lui-même, mais des envois d’argent collecté en occident par l’Eglise. Leur force et leur maintien dans les territoires occupés résidaient dans la division du monde musulman.



Cette situation prit fin en 1187 avec la victoire de Salah-Ad-Dîn Al-Ayyoûbî à la bataille de Hattîn, près du lac de Tibériade (cf. rubrique Portrait, Salah Ad-Dîn Al-Ayyoûbî). Le sultan, fondateur de la dynastie des Ayyoubides, s’empara de Jérusalem qui demeurera sous la domination musulmane jusqu’en 1229. Les chrétiens furent expulsés, exceptés les Orientaux qui se virent confier l’entretien du Saint-Sépulcre et d’autres églises. Les droits des juifs furent reconnus.
En 1228-1229, le sultan égyptien, Al- Kamal, pourtant vainqueur, restitua pacifiquement Jérusalem aux Francs par un traité signé avec l’empereurFrédéric II de Hohenstaufen, roi de Sicile et grand admirateur de la culture arabo-musulmane, à la condition que la Ville sainte fût démilitarisée et ouverte à tous les cultes. Ce monarque s’était fait excommunié par le Pape pour avoir refusé de participer à une croisade armée.


La période mamelouk (1250-1516)

 

 

La domination des croisés fut brève : en 1244, les Tartares (nomades turcs du Kharzem en Asie centrale) prirent possession de la Syrie et de la Palestine, détruisant Jérusalem, tuant des milliers de chrétiens. Les Turcs furent eux-mêmes vaincus par les mamelouks à la solde du sultan égyptien. La Palestine passa sous le contrôle égyptien… pour peu de temps, car en 1249, les Mamelouks sunnites remplacèrent les Ayyoubides sunnites en Egypte. 
En 1250, les Mongols lorgnaient la région. Lorsque Bagdad chuta en 1258, les Francs d’Antioche et les Arméniens s’allièrent aux Mongols dans l’espoir de détruire l’Islam.
En 1260, les Mamelouks défirent les Mongols à ‘Ayn Jâloût en Palestine et les chassèrent de Syrie ; ils ne pardonnèrent point aux Francs et aux Arméniens leur ralliement aux Mongols.

Durant le gouvernement des Mamelouks, Jérusalem fut une ville de théologiens musulmans dotée de nombreux séminaires religieux (madras), de mosquées et de collèges. Al-Aqsa et le Dôme du Rocher furent restaurés et embellis.Toutefois, les non-musulmans ne connurent point la tranquillité. La société mamelouk imposa le port des signes distinctifs à chaque communauté : les juifs devaient arborer des turbans jaunes, les samaritains des turbans rouges, les chrétiens des turbans bleus et les musulmans des turbans blancs.




La période ottomane (1517-1924)



Les Turcs osmanlis avaient battu, en 1453, l’empereur Constantin Paléologue et s’emparèrent de Constantinople rebaptisée Islambul (« Pleine d’Islam ») avant de devenir Istanbul sous Atatürk. La Palestine fut une fois de plus sous occupation étrangère : elle vécut une période obscure et tragique de son histoire. La peste décimait la population en 1513. Une embellie cependant : la Palestine connut la prospérité à « l’âge d’or » de l’Empire ottoman sous le règne de Soulaymâne 1er le Magnifique (1520-1566), surnommé également Soulaymâne le Législateur par les Turcs. Il fut le 10ème et le plus illustre des sultans ottomans. Il accéda au trône en 1520, à 26 ans et se trouva à la tête d’un Empire comprenant le Sud-Est de l’Europe, l’ancien Empire mamelouk constitué de l’Egypte, de la Syrie, de la Palestine et du Hijaz. Il conféra le patronage de la Mecque et Médine aux autorités arabes.
Il réprima la révolte engagée par le gouverneur de la Syrie et de la Palestine à l’annonce de la disparition de Selim 1er.

Souleymane réunit sous son autorité des territoires de trois continents très disparates de par leurs conditions naturelles, leurs ethnies, leurs religions, leurs traditions politiques, mais unifiés au sein d’un Etat remarquablement organisé, respectueux de la loi et de l’ordre.
L’autorité du sultan s’appuyait sur une élite politico-militaire, recrutée parmi les jeunes enfants grecs, albanais ou slaves et enrôlés dans le cadre d’un ramassage. Soigneusement éduqués dans l’Islam sunnite, puis encasernés, ces enfants étaient intégrés à la garde impériale et devenaient les meilleurs soldats de l’Empire : ce furent les fameux janissaires, attachés à la personne du sultan et auxquels le mariage était interdit.

Mais la domination ottomane ne fut pas un système colonial : il n’y avait ni transfert de richesses vers la Métropole ni implantation de colonies dans les territoires conquis.
Loin de se comporter comme des colons ou des administrateurs coloniaux, les Ottomans se satisfaisaient de l’ordre et de la levée des impôts. Ils ne touchèrent pas aux structures politiques, culturelles et confessionnelles préexistantes. Ils étaient très respectueux des croyances et des traditions des autres peuples.
Les hautes fonctions étaient accessibles pour tout le monde sans condition d’origine ni de religion. Les juifs et les chrétiens ne furent jamais inquiétés pour leur religion. Seule l’allégeance à l’Etat et non à la religion musulmane était requise. De nombreux témoignages d’Européens abondent dans ce sens : « Jamais, en tout cas, l’on ne vit alors des persécutions systématiques. Tout au contraire, l’empire, Istanbul en tête, offrit un refuge aux juifs de l’Europe des pogroms [...] Face à l’Europe des persécutés, l’Empire ottoman, en ses beaux jours de la première moitié du 16ème siècle, apparaît bien comme un asile de paix religieuse. Ni les “nations”, ni les entités provinciales ne seront déracinées : à preuve, la vitalité qu’elles manifesteront jusqu’à nous.»
« L’empire reconnaissait aux non-musulmans le statut de nation (millet), c’est-à-dire de communauté protégée, placée sous la juridiction de ses autorités propres. Cette situation fit régner un peu partout l’ordre et favorisa l’épanouissement de l’économie grâce au développement du marché du travail, l’artisanat et le commerce.
Au niveau du pouvoir, les règles de l’Islam étaient strictement observées, grâce à une étroite collaboration entre l’Etat et les Oulémas. Ceux-ci étaient rigoureusement organisés et hiérarchisés sous l’autorité suprême du Mufti d’Istanbul, qui portait le titre de Cheikh al-Islam. Le sultan se voulait investi d’une mission sacrée consistant à faire régner la justice et l’ordre de la loi. »

En dehors de cette époque bénie, le pays déclinait : de lourds impôts accablaient les paysans, l'industrie du textile, ainsi que la production d'huile et de savon ; son agriculture, son économie, son industrie et ses ports dépérissaient. Le pays était laissé à l'abandon, la corruption était maîtresse des lieux à tous les niveaux de l'administration et de l'armée.

 

 

De nombreux soulèvements éclatèrent contre le pouvoir en place : de 1612 à 1633, l’émir druze, Fakhr Az-Zahin se révolte au Liban et exerçait son influence sur une partie de la Palestine. Un siècle plus tard, ‘Omar Az-Zahin (Daher), un chef de tribu arabe, luttait pour l’indépendance : il libéra Tibériade, puis Acre en 1749, et maîtrisa presque toute la Galilée ; mais fut vaincu en 1775.

Le Pacha turc Jazzar (« le boucher ») régnait durant vingt années en despote, ruinant le pays par des taxes sur tous les produits de consommation. Les pays du Liban s’insurgent en 1780, les bédouins de la Palestine quelques années plus tard, Damas et derechef la Liban en 1789, 1790 et 1798. Pour toute réponse, Jazzar réprima les rebellions dans le sang en déchaînant sur elles les janissaires. Lorsque Bonaparteassaillit la Palestine, Jazzar reçut le soutien des Anglais pour le repousser : il resta ainsi le maître de la plus grande partie de la Syrie et de la Palestine.

Au 19ème siècle, les puissances européennes, motivées par des ambitions territoriales, envieuses et craintives à l’égard de l’Islam, convoitent l’Empire ottoman. Elles mettent sur pied un plan de déstabilisation et de guerre totale contre l’Empire ottoman : elles attaquent militairement la capitale de l’empire et ses possessions ; suscitent la révolte des Arabes, des Arméniens et des nationalistes turcs contre l’Etat musulman. 
Napoléon Bonaparte lance l’invasion de l’Egypte et de la Syrie (1798-1801). La Grèce obtient son indépendance sous la pression des puissances européennes (1830). Le Tsar Nicolas déclenche la guerre de Crimée (1853-1856) et projette de porter la guerre à Istanbul…

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : Palestine (3) :Sous les croisés et les Ottomans
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Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 23:55

 

 

La Palestine avant la colonisation israélienne            

         A la fin du 19ème siècle, la Palestine compte 500 000 âmes, dont 30 000 à Jérusalem. Les juifs constituent la moitié de la population de la ville, mais dans tout le pays, ils sont moins de 5% ; les chrétiens sont 10%, les musulmans sont 85% (l’Islam sunnite est majoritaire).
Les Palestiniens des trois religions coexistent paisiblement, ils sont tous sujets du sultan de Constantinople et leur langue commune est l’arabe. L’immense Empire ottoman n’a pas de frontières : son découpage est administratif. Du 17ème au 19ème siècle, il a perdu les Balkans ; la France et l’Italie lui ont pris l’Afrique du Nord ; l’Angleterre s’est installée en Egypte, à Aden, et même au Koweït. La Palestine représente 27 000 km², soit trois petits districts au sud de la province de Damas. Mehmet V est le dernier sultan. Son empire est accablé de dettes envers l’Occident, il n’a plus d’argent pour faire face à ses obligations même les plus urgentes. Les puissances européennes, en coulisse, déstabilisent le monde musulman pour s’en emparer : ils véhiculent les revendications de réformes et d’indépendance auprès des officiers modernistes et des administrés.   

 

L’Europe et le pogrom antijuif 

         L’Empire russe commence à décliner : Alexandre II est assassiné ; son petit-fils Nicolas II sera le dernier tsar. Des troubles révolutionnaires apparaissent et les juifs sont les boucs-émissaires du régime tsariste, pointés du doigt comme la cause de tous les malheurs du peuple russe. 5 millions en 1881, ils sont massacrés par dizaines de milliers en une génération. Par centaines de milliers, ils fuient le pogrom et se réfugient en Amérique et dans les territoires islamiques. Ceux qui restent, s’engagent dans la révolution. Une poignée de jeunes romantiques inventent le sionisme. A la fin du 19ème siècle, les premiers migrants et nationalistes juifs ashkénazes sont 4 500 en Palestine. Ils veulent travailler la terre, créer un juif nouveau, sain de corps et d’esprit : on les appelle les amants de « Sion ». Les paysans arabes qui les voient arriver ne se doutent de rien : ils vivent dans un système féodal séculaire. La terre appartient au sultan, aux notables de Damas ou de Beyrouth. Bédouins et paysans sont chez eux dans leur village, mais ils ne possèdent rien.   

 


Village palestinien 

 

 

Le sionisme 

      L'idéologie sioniste soutient que le peuple juif est un peuple comme les autres et qu’il doit se rassembler dans un seul pays. Le sionisme est identique aux mouvements de libération nationaux italiens et allemands du 19ème siècle. Le terme « sionisme » a été apparemment inventé en 1891 par le publiciste autrichien Nathan Birnbau. Il est aussi employé a posteriori pour toute personne fournissant des efforts et prônant des idées visant à faire retourner les juifs vers leur patrie d’origine : le sionisme est une idéologie qui concerne aussi les chrétiens évangéliques voulant que le peuple juif retourne en Israël afin d'accélérer l’avènement de Jésus-Christ.  

      Théodore Herzl (1860-1904) est né à Budapest, a grandi à Vienne, il est journaliste et il crée le mouvement sioniste politique. A l’origine, il est loin des idées sionistes et prône l’intégration des juifs dans leur pays d’accueil. Mais l’affaire Dreyfus — un gradé de l’armée française accusé à tort de trahison par ses supérieurs hiérarchiques antisémites —, déclenche chez lui le repli identitaire, il écrit : « Si même la France, la terre des lumières, s’en prend aux juifs, alors il nous faut une terre à nous, un Etat où nous serons les maîtres. »… Et ce sera la Palestine. En 1897, il préside le premier congrès sioniste en Suisse. Il crée des structures d’un futur appareil d’Etat efficace et ne se donne pas plus de 50 ans pour fonder un Etat juif. Pour parvenir à ses fins et légitimer ses actions auprès des juifs et du monde, il utilise de manière biaisée la religion juive : la Palestine est la terre promise par Dieu au peuple d’Israël, elle lui revient de droit. En outre, il exacerbe le sentiment d’insécurité des juifs d’Europe, puis du monde, pour les inciter à soutenir ses vues et prendre le chemin de la Palestine.                             


Théodore Herzl 

         Les sionistes se dotent d’une banque, d’une presse en plusieurs langues, et d’une organisation mondiale, dont la tâche essentielle est d’acheter des terres, fertiles ou rocailleuses, en Palestine, sans marchander et payant comptant. Les juifs ashkénazes sont différents des juifs palestiniens : leurs idées sont étranges. Leur contrat d’achat stipule qu’une fois devenue la propriété du peuple juif, la terre ne doit être travaillée que par des juifs. Une clause spéciale ajoute qu’elle doit être livrée vide d’habitants. Certains refusent de vendre à de telles conditions, d’autres ne se font pas prier. Des villages entiers sont achetés et voient leur dénomination changer : ce sont les premiers kibboutz ; le collectivisme est la règle d’or, et on inculque très tôt à la première génération de colons qu’ils sont chez eux sur une terre sans peuple.En 1910, les juifs représentent 8% de la population. La même année, un jeune homme signe un premier article dans le journal du parti ouvrier juif de Palestine. David Green vient d’arriver de Pologne. Il commence sa carrière de militant sous le nom de David Ben Gourion. Dans 40 ans, il sera le chef du premier gouvernement de l’Etat d’Israël.   

 


David Ben Gourion   

 

 

La division du monde musulman et le partage de la Palestine 

         En 1914, la première guerre mondiale éclate en Europe, Mehmet V, poussé par son gouvernement, se range du côté de l’Allemagne contre la France et l’Angleterre : c’est l’erreur que l’Occident attendait pour démanteler l’Empire ottoman. En 1915, l’Angleterre envoie son agent secret, le colonel Lawrence, auprès de Houssein, chérif de la Mecque, pour lancer la guerre sainte contre « l’Empire ottoman corrompu » et susciter « une renaissance arabe ». Il promet au fils du chérif, Fayçal, la royauté sur la Syrie. 1916 marque la grande révolte des Arabes contre les Turcs : la route de Damas est ouverte aux Anglais. Or, en coulisse, par le biais de deux de leurs hauts fonctionnaires — Georges Picot et Mark Sykes —, dans une chambre d’hôtel à Paris, la France et l’Angleterre se partagent déjà les provinces arabes : le traité Sykes-Picot concède à la France un territoire comprenant Damas, tandis que l’Angleterre reçoit des régions comprenant Bagdad. La Palestine sera internationalisée (condominium franco-britannique de fait). 


                               Le colonel Lawrence                                       

      En 1917, l’armée britannique entre en Palestine par le sud. Le général Allenby s’empare de Jérusalem le 09 décembre. Trois semaines plus tôt, une lettre du ministre britannique des affaires étrangères à LordLionel Walter Rothschild, la « Déclaration de Balfour » (02 novembre 1917), annonce à la communauté juive britannique que le gouvernement de Sa majesté envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine.
Les Arabes de Palestine considèrent la Déclaration de Balfour comme une trahison britannique : ils s’organisent. En 1919, c’est la première réunion du Congrès national palestinien, l’ancêtre de l’OLP. Le président du congrès est Moussa Kazem Al-Housseini, le doyen d’une grande famille de notables de Jérusalem. Son jeune cousin, Amine Al-Housseini, va devenir le premier grand leader du nationalisme palestinien ; en 1921, il est grand moufti de Jérusalem et président du conseil suprême musulman.   

 


La Déclaration de Balfour 

 

      Londres ne fait aucun cas des doléances arabes : l’essentiel c’est d’assurer le contrôle des conquêtes militaires. La Société des Nations (SDN) ratifie le partage de la région. La Syrie et le Liban sont confiés à la France. L’Iraq est mis sous mandat britannique : le trône revient à Fayçal, fils du chérif Houssein. Les Anglais créent pour son frère ‘Abdallâh un nouvel émirat en Transjordanie. La Palestine, désormais entourée de frontières, est incluse dans le mandat britannique : la Déclaration de Balfour est entérinée par la communauté internationale, il y aura donc un foyer national juif en Palestine. Au lieu d’un grand royaume unifié et indépendant, les Arabes obtiennent des Etats séparés : leur colère grandit. Des émeutes éclatent en Palestine quelques mois après la prise de fonction du Haut Commissaire britannique et juif, Sir Herbert Samuel ; bilan : 46 immigrants juifs tués.              

 

   
  L’émir Fayçal et Chaim Weizmannn           Abdallâh 1er de Jordanie

 

      Le déclin de l’Empire ottoman s’accompagne du sentiment national turc cristallisé autour de la guerre de libération menée par Moustafa Kemal, opposant à la dynastie ottomane considérée comme responsable du désastre : le sultanat est aboli en 1922, le califat en 1924 ; le dernier sultan meurt en exil ; le monde musulman est disloqué.   


Moustafa Kemal  

 

 

 

 

La colonisation de la Palestine s’intensifie et les Arabes se révoltent 


Démantèlement de l’Empire ottoman (1920-1925)

 

      En 10 ans, la colonie juive de Palestine reçoit 100 000 immigrants russes et Polonais : elle passe de 11 à 17% de la population globale. Depuis 20 ans, les juifs d’Europe et d’Amérique envoient de l’argent au Fond National. Des films de propagande occultant complètement la population arabe donnent l’idée que la Palestine est une terre aride, un désert à défricher. 
En 1929, les Arabes commémorent la 12ème année de la Déclaration Balfour par une grève générale. La même année, des affrontements autour du Mur des Lamentations dégénèrent et se propagent dans tout le pays : il y a 133 morts juifs, 116 morts musulmans ; mais les films de propagandes juives ne montrent que les morts juifs. La SDN envoie des enquêteurs. De leur côté, les Britanniques annoncent qu’il n’y a plus de place en Palestine pour une émigration massive.
Mais Hitler accède au pouvoir en 1933 et les premières mesures antijuives provoquent une recrudescence de l’émigration d’Allemagne et de toute l’Europe centrale : de 37 000 en 1933, ils passent à 45 000 l’année suivante ; 1935 est une année record avec 65 000 émigrants. 


Amine Al-Housseini

      La révolte arabe explose en avril 1936. Le moufti Amine Al-Housseini en tête, et cinq partis palestiniens appellent au soulèvement général. Les notables, les chefs de villages, les paysans, les commerçants, tous se révoltent contre l’occupation britannique et l’émigration juive : les Arabes poursuivront leur grève générale jusqu’à l’arrêt complet et immédiat de l’immigration juive. Ils exigent un changement radical de la politique actuelle, car son maintien aura pour résultat de remplacer les Arabes par des juifs.
La grève générale dure six mois, les affrontements avec les forces de l’ordre sont quotidiens. C’est l’Etat d’urgence : perquisitions, contrôles, arrestations. La révolte se durcit : des attentats frappent les colonies sionistes et les installations britanniques. En octobre 1938, l’aviation britannique bombarde les villages, la répression est impitoyable. Les ruelles sont élargies à la dynamite, les leaders sont déportés, les partisans sont pendus. Il y a des milliers de morts. En quelques mois la grande révolte est écrasée : elle a duré presque trois ans, et les Palestiniens s’en souviennent comme de leur première intifada. 

   

      Dès 1937, les juifs construisent de nouvelles colonies constituées d’éléments préfabriqués, de barrières, de tours de garde, de cabanes : c’est la technique du fait accompli, en quelques heures, une nouvelle localité juive existe sur la carte, bâtie comme un camp retranché. La population se militarise avec l’aide d’instructeurs britanniques : toute la jeunesse juive est embrigadée dans des mouvements paramilitaires pour former des unités d’élites.
Depuis deux ans, Ben Gourion dirige l’exécutif sioniste qui fonctionne comme un gouvernement. Alors que les Arabes s’épuisent dans une lutte armée inégale contre l’armée britannique, lui construit méthodiquement les bases d’un nouvel Etat. Quant à Jabotinsky, il préconise la manière forte : ses adeptes créent l’Irgoun, un réseau clandestin qui projette des bombes et des grenades sur la population arabe.  

 

La seconde guerre mondiale 

         En février 1939, à l’approche de la guerre, les Britanniques organisent une conférence de paix à Londres pour s’assurer de la loyauté de leurs alliés arabes, tout en évitant de rompre avec les juifs. Le 17 mai, les Britanniques publient un livre blanc qui contingente l’émigration juive et prévoit de la soumettre à l’accord des Arabes : « Après une période de cinq ans, aucune nouvelle immigration juive ne pourra avoir lieu sans l’accord des Arabes de Palestine. » Les sionistes sont furieux, leur allié britannique se transforme en ennemi au moment même où la situation des juifs d’Europe est critique.
Au printemps 1939, Ben Gourion crée le Mossad, l’ancêtre des services secrets israéliens, un réseau chargé, à ses débuts, d’organiser le départ des juifs clandestins vers le Palestine : 17 000 juifs européens seront sauvés par cette filière.  


Haïfa : rescapés des camps nazis 

      Lors du conflit, 30 000 juifs de Palestine s’engagent dans l’armée britannique. 
Le grand moufti de Jérusalem, pour échapper à la répression, se réfugie au Liban, puis continue son combat nationaliste en Iraq. En 1941, espérant la défaite des juifs et des Anglais, il s’allie à Hitler. A ce moment-là, personne ne sait qu’un génocide va décimer les juifs. Ce n’est qu’après la capitulation allemande, en 1945, que le monde apprend l’ampleur du génocide nazi : on compatit devant l’horreur, on culpabilise ; on semble enfin découvrir la question juive. Mais les frontières restent fermées et personne ne veut des centaines de milliers de survivants et d’apatrides : dans tous les pays, les quotas d’immigration sont très stricts. Beaucoup de juifs ne veulent pas retourner dans leur pays d’origine, là où leurs propres concitoyens les ont livrés à l’abattoir. Les envoyés sionistes leur offrent l’espoir d’une nouvelle vie en Palestine. 

 

Les revendications sionistes 

         En 1946, le nationalisme juif est une réalité : la Palestine compte 500 000 juifs ; ils exigent 100 000 visas pour les rescapés du génocide et réclament l’indépendance. Depuis 1942, Ben Gourion a rompu l’alliance avec les Britanniques pour se tourner vers les Etats-Unis, grands vainqueurs de la guerre. Chaque année, les juifs américains offrent 50 000 dollars aux sionistes. 
Face à Ben Gourion, l’opposition de droite : Menahem Begin a succédé àJabotinsky, il revendique un grand Etat juif sur les deux rives du Jourdain, un Etat qui engloberait le royaume de ‘Abdallâh. Mais pour le moment, droite et gauche s’unissent pour l’immigration et l’indépendance, elles appellent à la lutte armée contre l’Angleterre.Le 22 juillet, l’Irgoun fait sauter l’Etat major des forces britanniques de Jérusalem. La Haganah dirigée par Ben Gourion, l’Irgoun de Menahem Begin, un groupe encore plus radical, le Stern, additionnent des centaines d’attentats. La violence est partout : juifs, Arabes, Britanniques, tout le monde y participe, et les victimes ne se comptent plus. 

Haganah signifie en hébreu « défense ». C’est une organisation clandestine sioniste créée en 1920 pour protéger les émigrants juifs vers la Palestine. Elle devient officieusement une branche militaire sioniste de l’Agence juive en Palestine mandataire, dont le but est de favoriser la constitution d’un Etat juif. Dès 1948, les groupes armés la Haganah, l’Irgoun et le Lehi donnent naissance à Tsahal, la force défensive d’Israël.

         Tous les jours, des bateaux surchargés d’immigrants illégaux forcent le blocus britannique. Quelques uns coulent en chemin avec leur cargaison humaine, d’autres sont arraisonnés et leurs passagers sont expulsés ou internés. Les Britanniques perquisitionnent, contrôlent, fouillent et découvrent des stocks importants d’armes provenant de leurs propres arsenaux. Des centaines de juifs sont arrêtés, les radicaux sont pendus. Mais les Britanniques sont pris au piège : ils ne peuvent réprimer brutalement la révolte juive sans être accusés d’antisémitisme. La Palestine est devenue un fardeau trop encombrant : les Britanniques confient la question de la Palestine à la toute jeune Société des Nations.  

 

L’affaire de l’Exodus et la fin du mandat britannique  

         Depuis 25 ans, c’est la 17ème commission de l’ONU envoyée en Palestine, mais celle-ci va jouer un rôle capital. Sa composition est un savant dosage géopolitique : un ancien gouverneur des colonies néerlandaises, un Suédois, un Canadien, un Australien, un Uruguayen, un Tchèque, un Péruvien, un Guatémaltèque, un Yougoslave, un Iranien et un Indien. La Haganah prépare soigneusement une action pour les influencer : c’est l’affaire de l’Exodus. Le 18 juillet, l’Exodus est arraisonné par les Britanniques au large de Gaza. A son bord, 4 500 migrants illégaux encadrés par les officiers de la Haganah. Ils refusent de se rendre, il y a des morts, des dizaines de blessés. Les Britanniques ne cèdent pas, les rescapés du génocide sont brutalement refoulés : ils devront retourner en Allemagne. Plusieurs membres de la commission des Nations-Unies assistent à ces scènes tragiques, et leur décision est prise : il faut mettre un terme au mandat britannique. Mais à qui transmettre la souveraineté ? A qui appartient la Palestine ? Les onze diplomates hésitent. Finalement huit d’entre eux proposent de partager le pays en deux Etats. Jérusalem aura un statut international et ne fera partie d’aucun des deux Etats. Les juifs reçoivent plus de la moitié du territoire alors qu’ils ne constituent que le tiers de la population : des centaines de milliers d’Arabes devront vivre sous un gouvernement juif.   

 

 

        A l’assemblée générale des Nations unies, le délégué syrien, l’Emir‘Abdel Arslan dit : « (…) plaisanterie faite autour de lui et par une machination qui saute aux yeux et qui ont servi à le présenter à l’opinion publique comme un projet uniquement humanitaire, ce projet restera le plus grand scandale politique de tout le siècle. »Tour à tour, les autres délégués arabes montent à la tribune. Le Prince Sayf Al-Islam ‘Abdallâh(Yémen), l’Emir Fayçal (Arabie Saoudite) : « La charte des Nations-Unies, disent-ils, ne permet pas de partager une terre contre la volonté de son peuple. La Palestine est arabe, elle doit le rester. Si les Européens veulent offrir un pays aux juifs, s’ils se sentent coupables de les avoir persécutés, alors qu’ils leur donnent une terre en Europe. » 
Le Pakistan : « Nous avons cherché à accomplir le bien, selon les voies que Dieu nous montre. Nous avons réussi à convaincre un nombre suffisant de nos homologues de partager notre façon de voir, mais on ne les a pas autorisés à défendre le Droit tel qu’eux-mêmes le conçoivent. Nos cœurs sont lourds, mais nos consciences légères, car nous avons agi comme nous le devions. » Jusqu‘au bout, le délégué pakistanais essaiera de convaincre qu’un partage provoquera un bain de sang. Avec l’Iran et la Yougoslavie, il propose la création d’Etats fédérés. 

         Le 29 novembre 1947 : vote à l’Assemblée des Nations-Unies. « La résolution ad-hoc pour la Palestine a été adoptée par 33 voix contre 13 et 10 abstentions. » Dès le lendemain, les Arabes manifestent dans les rues de Jérusalem : « Ce qui a été écrit en noir à New York sera effacé en rouge en Palestine », disent-ils. La foule attaque le centre commercial juif, les juifs ripostent par du plasticage : sept morts dès le premier jour ; 160 les deux premières semaines ; 450 en un mois. La guerre commence sous le regard impassible des Britanniques dont le mandat se termine dans six mois.    

 

L’agression sioniste et la proclamation de l’indépendance d’Israël 

         Ben Gourion achète des armes en Tchécoslovaquie et décrète la mobilisation générale. Avant le départ des Anglais, il veut contrôler les Arabes du territoire, élargir les frontières de l’Etat juif, attaquer plutôt que se défendre. Le 09 avril, un mois avant la fin du mandat britannique, l’Irgoun et le Stern prennent le village de Dir Yassine près de Jérusalem. Avant de le transmettre à la Haganah, ils massacrent tous les habitants : 250 hommes, femmes et enfants. Au fur et à mesure des offensives, les villes arabes se vident. Les Palestiniens résistent, mais lorsque la défaite est proche, ils s’en vont pour ne pas subir le sort de Dir Yassine. Ils convergent vers ce qui reste de la Palestine : Gaza au sud, la Cisjordanie à l’ouest ; au nord, ils ont franchi la frontière vers le Liban ou la Syrie, certains ont traversé le Jourdain. Ceux qui veulent rester sont chassés de force. En un seul mois, le futur Etat juif s’est vidé de centaines de milliers d’Arabes. 
Le 14 mai 1948, le dernier Haut-Commissaire britannique quitte la Palestine. L’après-midi même, Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël.  

       L’afflux des réfugiés submerge les pays arabes limitrophes, mais ils attendent tous la fin du mandat britannique pour réagir, et ils n’ont pas tous les mêmes intérêts. ‘Abdallâh de Transjordanie a négocié secrètement avec les juifs : il leur a promis d’accepter leur Etat s’ils le laissent s’emparer du territoire promis aux Palestiniens. Farouk d’Egypte veut contrôler les ambitions territoriales de ‘Abdallâh, mais ses généraux craignent une défaite militaire.
Les présidents syriens et libanais, le régent d’Iraq, sûrs de la victoire, feront la guerre.
A l’aube du 15 mai 1948, les armées arabes entrent en Palestine. Parties d’Egypte, de Transjordanie, de Syrie, d’Iraq, et du Liban, elles se sont donné rendez-vous à Tel Aviv, promesse faite de détruire Israël, de renvoyer les sionistes à la mer et de permettre le retour des réfugiés palestiniens au pays. A Jérusalem, la bataille est très dure. La légion arabe de Transjordanie assiège le vieux quartier juif, la Haganah doit capituler. Mais ‘Abdallâh reste fidèle à sa promesse secrète et il ne tente pas de pénétrer dans le territoire israélien. Les Arabes refusent le cessez-le-feu. Le comte Bernadotte, médiateur suédois désigné par les Nations unies impose une trêve le 11 juin, mais son optimiste tombe quand il découvre les villages arabes détruits et l’ampleur de l’exode palestinien. Ses rapports inquiétant les Israéliens ne parviendront jamais à l’ONU :Yitzhak Shamir, commandant du Stern, ordonne son assassinat. Les armées arabes sont vaincues à la fin de l’année, et dès ce moment, ils refuseront de s’exprimer à l’assemblée de l’ONU durant 26 ans.    

 

  
Exode de la population palestinienne en 1948             

 

 

La Palestine au lendemain de la guerre 

         Israël a gagné 4 000 km² supplémentaires au cours du conflit armé. Avec le départ des Palestiniens, sa population est presque entièrement juive. Jérusalem est scindée en deux au lieu d’être une zone internationale : sa partie ouest devient la capitale d’Israël, sa partie est passe sous domination jordanienne. Les territoires de Cisjordanie et de Gaza sont restés sous contrôle arabe. Selon le plan de partage, un territoire palestinien aurait dû y voir le jour, mais la bande de Gaza est mise sous administration égyptienne, et la Cisjordanie est annexée par le roi ‘Abdallâh. Au lieu d’un territoire pour les Palestiniens, les Nations-Unies créent un office d’assistance aux réfugiés arabes, l’URNWA : 200 000 cartes de ration alimentaire sont attribuées en Cisjordanie, 180 000 dans la bande de Gaza, 100 000 au Liban, 60 000 en Jordanie, 70 000 en Syrie. Ce sont surtout les paysans qui ne possèdent rien qui sont dans les camps ; 200 000 autres exilés ont pu survivre sans faire appel à la charité internationale. En tout, ils sont plus de 800 000. 

         Le 11 mai 1949, Israël devient membre de l’ONU en s’engageant officiellement à permettre le retour des réfugiés palestiniens ; cette résolution ne sera jamais respectée.
Au contraire, Israël vote une loi pour réquisitionner tous les biens dont les propriétaires sont réputés absents. 
Au début des années 50, Israël accueille 700 000 juifs venus d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, presque le même chiffre que celui des Palestiniens exilés. Il ne reste que 150 000 Arabes dans l’Etat juif : pour eux ce sera l’administration militaire, le couvre-feu, la censure, l’interdiction de circuler sans laissez-passer. Ils sont citoyens israéliens, mais leurs droits sont limités. Ils sont coupés de leurs frères, tous les autres Palestiniens restés à l’extérieur

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : Palestine (4) : le conflit israëlo-palestinien (19
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:01

 



Camp de réfugiés palestiniens

 

Les réfugiés

      Dans les années 50, Israël prend des allures d’un Etat occidental moderne, avec la démocratie comme façade. Pendant ce temps, sous des tentes de réfugiés, les Palestiniens attendent le retour sur leur terre. Mais le provisoire s’est établi, des masures ont remplacé des tentes. Ici, chaque ruelle porte le nom d’un village perdu pour ne pas oublier. Le bon côté de l’exil : tous les enfants sont scolarisés par les Nations-Unies et le peuple palestinien devient le premier peuple arabe entièrement alphabétisé.
Les Palestiniens sont dispersés un peu partout dans le monde. En Israël ils sont citoyens, mais soumis à des lois d’exception militaire. En Jordanie, on les naturalise ; partout ailleurs ils détiennent juste une carte de réfugiés.

 

Le retour en Palestine est interdit, des réfugiés essaient alors de passer clandestinement la frontière. Peu à peu, les infiltrations deviennent des expéditions armées : raids, embuscades, représailles. C’est l’escalade angoissante et meurtrière.

 

La résistance et le pannarabisme

            Yasser Arafat est collégien au Caire. Né à Jérusalem, il n’a connu ni l’exode ni les camps. En 1953, il préside l’Union des Etudiants palestiniens : il est question de libération et de retour ; des réflexions sur les moyens de lutte sont menées. En 1958, ingénieur au Koweit, Arafat va créer la première organisation de combat palestinien, une organisation clandestine : le Fatah.
Nasser a déjà nationalisé le canal de Suez en 1956, en tenant tête à Israël, à la France et à l’Angleterre. Dans les années 60, pour les Palestiniens comme pour tous les Arabes, il symbolise la liberté, le progrès et l’unité.
13 janvier 1964 : Nasser propose aux chefs de la Ligue Arabe de créer l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP). Ben Bella (Algérie), Araif (Iraq), Ibnou Sa’oûd (Arabie), Bourguiba (Tunisie), Houssein (Jordanie) : tous s’engagent à soutenir cette nouvelle organisation. Les Palestiniens paieront un impôt à l’OLP, ils auront un parlement, des armées et un président. Ahmad Choukéri, avocat, diplomate, Palestinien très proche deNasser, rédige la charte et les slogans de l’OLP : unité, mobilisation et libération. 
La première doctrine de l’OLP : le refus du partage de la Palestine. C’est aussi la doctrine de tous les pays arabes : ils refusent de reconnaître Israël qui existe depuis 15 ans déjà et qui compte 2,5 millions de citoyens.

 

Nasser et Arafat

            La puissance militaire de l’Egypte, armée et conseillée par l’Union Soviétique inquiète les Occidentaux autant qu’Israël. En 1967, le ministre des affaires étrangères,Abba Even fait le tour des capitales occidentales, on craint le pire pour Israël : « L’agression nous entoure de tous côtés. Plusieurs pays arabes se sont sentis obligés de se donner l’expression d’une attitude hostile. Cependant c’est Nasser qui dirige et organise cette agression qui pèse lourdement sur notre région et sur le monde entier. C’est lui qui annonce publiquement que l’heure est venue de détruire notre pays qui est le dernier espoir d’un peuple qui, depuis plus de trois mille ans, joue un rôle historique dans l’élaboration de la civilisation mondiale. C’est dans la pleine conscience de la gravité de cette heure, que nous affrontons avec la sympathie ardente de l’opinion publique mondiale les épreuves qui nous attendent. »
Mais quelques jours plus tard… c’est Israël qui attaque. Le 05 juin 1967, au matin, en trois heures, toute l’aviation égyptienne est anéantie. Le lendemain, la Jordanie et la Syrie entrent en guerre. Mais six jours plus tard, tout est fini. La victoire éclair israélienne éblouie l’Occident. 25 700 morts : 25 000 arabes et 700 Israéliens. Pour Israël, le triomphe, pour les Arabes, la douleur et l’humiliation. En six jours, d’immenses territoires sont conquis : Gaza, la Cisjordanie, le Sinaï, le Golan. Partout, le drapeau juif flotte sur les bâtiments publics. Et enfin le symbole : le Mur des Lamentations dans le secteur arabe de Jérusalem est aux mains d’Israël. Moshé Dayan, ministre de la défense, etYitzhak Rabin, chef d’état major, prient sur ce qu’ils considèrent comme les vestiges du temple de Salomon (Soulaymâne, ), pendant que, déjà, les bulldozers rasent les murs qui séparent la ville en deux.
Vingt ans après le partage qui lui a donné naissance, 18 ans après ses premières conquêtes, Israël a quadruplé la superficie que lui avait donnée l’ONU. Les territoires occupés comprennent Gaza et la Cisjordanie. Peuplées d’un million de Palestiniens, elles font partie d’une région de la Palestine où l’ONU prévoyait la création d’un Etat arabe : le plateau du Golan, territoire syrien de grande valeur stratégique qui surplombe les localités israéliennes de Galilée et la route de Damas, le Sinaï, un désert peuplé de quelques bédouins, mais qui recèle du pétrole.

 

              Le 22 novembre 1967, à l’unanimité, l’ONU vote le retrait d’Israël des territoires occupés : c’est la résolution 242 qui constitue encore aujourd’hui la base légale du plan de paix israélo-arabe ; imprécise et ambiguë dans ses termes, elle n’a jamais été encore appliquée.
Sur les ponts du Jourdain détruit par la guerre, ils sont 250 000, réfugiés pour la seconde fois. Ils vont de l’autre côté, en Jordanie, poussés par les bombardements, par la peur de vivre sous l’occupation israélienne, et parfois par la force par les Israéliens qui leur ont fourni des camions et leur ont fait signer un engagement pour ne pas revenir.
Levy Eshkol (premier ministre) : « Je tiens à affirmer, de la façon la plus catégorique, qu’Israël n’a expulsé personne. Ils sont partis de leur plein gré. Des réfugiés qui, sachant qu’ils pourraient continuer, n’est-ce pas, de l’assistance en Jordanie, préféraient se trouver parmi les leurs. Si nous les avions empêchés de partir, on nous aurait accusés de restreindre leur liberté de mouvement. »

 


Levy Eshkol           

            Il faut tout recommencer : assiéger les locaux des Nations-Unies, comme il y a 20 ans déjà, demander une place dans un camp, un laissez-passer… encore plus loin du village d’origine, plus loin de la Palestine.
Là-bas sur le Golan, on implante déjà ce que l’on appelle des colonies. Autour de Jérusalem, on fait place nette : on exproprie, on rase, on trace des routes ; on invoque des raisons de sécurité pour raser des villages entiers.
En Israël, c’est la démocratie, mais dans les territoires occupés, à Gaza et en Cisjordanie, la population entièrement palestinienne est placée sous administration militaire, privée de droits civiques, soumise aux contrôles des services de sécurité. L’humiliation, rêve de protestation. Premier couvre-feu. Un cycle infernal commence. Très vite, il y a des opérations de résistance, des soldats tués, des attentats. Deux mille arrestations les deux premières années, presque tous emprisonnés sans être jugés. La prison forge les consciences et développe les réseaux clandestins. C’est le temps des premières grèves de la faim. C’est le temps aussi où, à l’extérieur des pays de l’exil, les Palestiniens prennent la lutte armée des Algériens et des Vietnamiens comme modèles.

 

1969

            Yasser Arafat prend la direction de l’OLP : « Nous avons attendu longtemps. Depuis 1948. Nous avons attendu l’ONU. Sans résultat, sauf davantage de réfugiés. Aussi, nous pensons que la seule voie est de prendre les armes et de nous battre. Nous voulons établir notre Etat arabe palestinien… dans lequel musulmans, juifs et chrétiens pourront vivre en paix dans l’amitié et la justice : un Etat démocratique.
Un journaliste : « Quelles seraient les frontières de cet Etat ? »
Yasser Arafat : « Les frontières originelles, de la mer au Jourdain. »
De la mer au Jourdain, c’est l’ancien territoire palestinien qu’occupe maintenant entièrement Israël. La logique d’Arafat, c’est aussi un seul territoire pour tous : Juifs et Palestiniens, sans exclusion. Arafat continue à refuser le partage. 
Le Fatah, le Front Populaire et le Front Démocratique préparent la lutte armée pour réaliser le rêve. Même les enfants sont entraînés à la lutte armée : ils seront fidâ’iyyîn et donneront leur vie pour la cause. Civils ou militaires, les Israéliens vont payer le prix de la victoire. C’est le temps des colis piégés, des bombes dans le cinéma, des lieux publics et les marchés.

        En 1970, Golda Meir devient premier ministre. On l’appelle la grand-mère d’Israël, et cette grand-mère dispose du budget militaire le plus élevé au monde : 20% du PIB.

 


Golda Meir

G.M. : « Mes enfants, mon fils et ma fille, sont nés dans ce pays. Je n’ai jamais voulu leur acheter de jouets qui aient un rapport avec la guerre. Ni fusil, ni pistolet, ni tank. Jamais. Je voulais croire que lorsqu’ils seraient grands il n’y aurait plus jamais de guerre. Je me suis trompée. Mes enfants ont grandi ici. Dès leur plus jeune âge, ils étaient engagés dans la lutte. Tout jeunes, ils étaient dans la Haganah, pour protéger les colonies juives. Ensuite, ce fut la guerre mondiale, puis la lutte contre les Anglais, la guerre d’indépendance, le Sinaï et la guerre des Six jours. Cela allait à l’encontre de notre volonté, de notre façon de penser, de ce dont nous rêvions. Mais je veux dire une seule chose, heureusement que dans ce pays les Juifs peuvent défendre leur vie. »
Pour Golda Meir, il n’y a pas de peuple palestinien, il n’y a que des ennemis qu’il faut chasser. Israël venge ses morts au centuple, frappe tous les fidâ’iyyîn partout où ils se trouvent.

 

            Georges Habashe a fondé le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine). Nationaliste et marxiste, il est radicalement opposé à tout compromis. En septembre 1970, convaincu que Nasser et Houssein vont traiter avec les Etats-Unis et Israël, il invente le détournement d’avions (Zarka-Jordanie). Mais comme ce sont des Occidentaux qui sont pris en otages, pour la première fois les Palestiniens font la une des journaux.
Il n’y a pas de victime à Zarka, mais le roi Houssein de Jordanie a compris le message. Le 17 septembre 1970, pour chasser l’OLP, il engage une terrible offensive dans sa propre capitale, Amman. Il n’existe pratiquement pas d’images de cette journée qui fait  3 000 morts parmi les fidâ’iyyîn.

            Nasser est mort, les transistors annoncent aussi le désastre de Jordanie. Ce mois de septembre est bien noir pour les Palestiniens : l’OLP est durement frappée, le protecteur égyptien est mort et la libération semble à nouveau bien lointaine.
Avec Arafat, 50 000 Palestiniens quittent la Jordanie, d’abord pour Damas, puis le Liban où l’Etat est trop faible pour contrôler leur action. Maintenant la violence va se déchaîner.
Et pour commencer, le premier ministre jordanien, Wasfi Tal, est assassiné pour venger les morts d’Amman. Ensuite c’est l’Occident qui paie pour son soutien à Israël : en Hollande, en Italie, en Allemagne. Le 05 septembre 1972, aux jeux olympiques de Munich, les athlètes israéliens sont pris en otages : pour le monde entier, les Palestiniens oubliés existent enfin, mais ils sont maintenant ce visage, la cagoule du terroriste ; et le monde entier a peur.

 

Les Allemands donnent l’assaut : les fidâ’iyyîn, les athlètes, presque tous sont tués. Un communiqué triomphal signé d’un sigle inconnu, « Septembre noir », revendique l’attentat. Le communiqué vient de Beyrouth : au Liban, ils sont 600 000 Palestiniens dans un pays grand comme un mouchoir de poche. A l’entrée des camps de réfugiés et devant les bureaux de l’OLP, les Palestiniens en arme font la police. Kamal Nasser, porte-parole de l’OLP : « « Septembre noir » ne fait pas partie des organisations de l’OLP. Pour nous, « Septembre noir » est le fruit légitime des massacres de septembre en Jordanie. « Septembre noir » est un état d’esprit parmi les Palestiniens. Les Palestiniens sont frustrés depuis 20 ans. Le monde ne les a pas entendus. Ils ont vécu dans des grottes, des tentes, des abris de fortune, dans les pires conditions que l’homme puisse supporter. Ils en ont appelé aux Nations-Unies. Ils ont demandé au monde entier de comprendre leur cause, de reconnaître leur droit à retourner chez eux. Personne ne les a écoutés. Il n’est donc pas étonnant que de tels phénomènes existent chez les Palestiniens. »
Un an plus tard, Kamal Nasser sera tué à Beyrouth par un commando israélien. La guerre de l’ombre fait rage. Israël effectue des raids sur les bases et les camps du Liban, piège des voitures, expédie des colis piégés aux représentants de l’OLP partout dans le monde ; toute une génération de l’OLP est décimée par le Mossad.

            Tel Aviv, 06 septembre 1973, le jour du kippour, la fête du grand pardon. Les Egyptiens ont franchi le canal de Suez, 800 000 chars syriens déferlent sur le plateau du Golan. Des réservistes se précipitent au front, mais il est déjà trop tard. Trois semaines plus tard, grâce à l’assistance militaire américaine, les Arabes sont stoppés, Israël n’a pas perdu la guerre, mais cette fois le prix à payer est lourd : 2 500 morts. Pour Anouar As-Sadate, la défaite est presque une victoire : il a plongé Israël dans le deuil et le doute, il a lavé l’affront de la guerre des Six jours ; il va pouvoir maintenant préparer ce qu’il appelle la paix des braves.

 


Anouar As-Sadate

En Israël, c’est encore la terreur quotidienne. A Maalot, petite ville frontalière de migrants, le 15 mai 1974, les enfants d’une école sont pris en otage par un commando venu du Liban. L‘armée israélienne ne cède pas au chantage et lance l’assaut : les fidâ’iyyîn sont tués, et avec eux, 20 enfants.
L’OLP ne condamne pas la prise d’otage de Maalot : des enfants, il en meurt aussi beaucoup sous les bombardements israéliens. Le comité exécutif de l’OLP fonctionne comme un gouvernement. Au côté d’Arafat, Aboû Iyad, numéro deux du Fatah, considéré par le Mossad comme le cerveau de l’attentat de Munich. Comme d’autres, il a évolué, il pense que la lutte armée doit déboucher sur le combat politique.

        Le 13 novembre 1974 : après 26 ans de silence forcé, un Palestinien va parler devant les Nations-Unies. Les gouvernements occidentaux ont eux aussi évolué : on soutient toujours Israël, mais les Arabes tiennent la clé du pétrole ; c’est une arme qui pousse les occidentaux à négocier et à entendre la voix des Palestiniens.
Yasser Arafat : « Je suis un rebelle, la liberté est ma cause. Vous êtes nombreux dans cette salle, à avoir connu dans le passé, la même situation que moi : la position de résistance dans laquelle je suis, et dans laquelle je dois lutter. Vous aussi, vous avez dû vous battre pour faire de vos rêves une réalité. Aujourd’hui vous devez partager mon espoir. Monsieur le Président, aujourd’hui je suis venu, un rameau d’olivier dans une main, un fusil de combattant dans l’autre. Ne laissez pas le rameau d’olivier tomber de ma main. Ne le laissez pas tomber, ne le laissez pas tomber, ne le laissez pas tomber. »
Il a parlé, mais il n’a pas prononcé le nom d’Israël, l’absence des représentants d’Israël à l’assemblée est remarquable.

 


 Yasser Arafat       

 

1977

C’est la dixième année de l’occupation. Il y a déjà 80 colonies juives en Cisjordanie et à Gaza. Menahem Begin, le leader de la droite israélienne est premier ministre : la colonisation des territoires occupés devient une priorité absolue. Il ne rendra pas un pouce de la Cisjordanie qui a retrouvé son nom biblique de Judée-Samarie, ni du Golan, ni de Gaza. Pourtant, c’est Begin qui va accepter de rendre le Sinaï à l’Egypte qui est maintenant sous influence américaine et ne constitue plus un danger pour Israël.
Le 19 novembre 1977, c’est la fin d’un tabou : à la tribune de la Knesset, le parlement de Jérusalem, As-Sadate est le premier dirigeant arabe à reconnaître Israël. C’est Jimmy Carter, le président américain, qui a fixé les grandes lignes des négociations : la paix en échange de territoires, une patrie pour les Palestiniens. En tendant la main à Golda Meir, à Yitzhak Rabin et à tous les Israéliens qui l’ont acclamé durant trois jours, As-Sadatejoue son avenir politique et risque sa vie. Les Arabes ne lui pardonneront pas ce voyage dont les promesses ne seront pas tenues. La paix signée un an plus tard ne sera qu’une paix séparée entre l’Egypte et Israël, et le projet d’autonomie qu’elle prévoit pour les Palestiniens restera sans suite. L’Egypte sera exclue de la Ligue Arabe et As-Sadateassassiné en 1981.

            Beyrouth et le Liban ont sombré dans la guerre civile. Au premier plan, Hafez  Al-Assad, le puissant voisin syrien, froid, incontournable et manipulateur : il joue des renversements des alliances au gré de ses intérêts. 
Sur le terrain, face à face, Pierre Gemayel, dirigeant maronite à la tête du parti de droite, les Phalanges, pense qu’il faut chasser les Palestiniens du Liban ; et Kamal Joumblatt, chef des Druzes et de la gauche, qui a trouvé en Yasser Arafat un allié naturel, et tous deux se confortent mutuellement.

 


Kamal Joumblatt

En mars 1978, l’armée israélienne envahit le Sud du Liban jusqu’au fleuve Litani : 900 morts, 3 000 blessés et des dizaines de milliers de sans-abri dans la population libanaise et palestinienne. L’ONU intervient, Israël se retire, mais garde une zone de sécurité au nord de sa frontière, un nouveau territoire occupé.

        Juillet 1980, Jérusalem est décrété capitale éternelle d’Israël : le secteur arabe est maintenant annexé. Décembre 1981, c’est le tour du Golan, annexé. 
Avril 1982, en application des accords de paix avec l’Egypte, le Sinaï est restitué, malgré la résistance des colons israéliens, évacués de force.
Prochain objectif, Beyrouth, une guerre se prépare, un face-à-face avec l’OLP (1982). La ville est coupée en deux par douze ans de guerre civile : à l’est, le réduit chrétien tenu par les Phalangistes, alliés d’Israël ; à l’ouest, dans le secteur à majorité musulmane, les camps de réfugiés palestiniens : Sabra, Chatila, Borj Al-Barajneh et Fakhani le siège où se trouve l’OLP, cible choisie par Israël.
Le 06 juin 1982, les Israéliens entrent à nouveau au Liban. Cette fois ils ne s’arrêtent pas, remontant vers le nord, détruisant les bases, ratissant les villes, tuant et arrêtant des milliers de Palestiniens et Libanais. Une semaine plus tard, ils encerclent Beyrouth ouest. Pour la première fois, Israël est aux portes d’une capitale arabe.
Ariel Sharon, ministre de la défense, applique un plan mis au point depuis deux ans : installer le pouvoir phalangiste au Liban et éliminer l’OLP une fois pour toutes. Aucun quartier n’est épargné : pendant 88 jours, les fidâ’iyyîn libanais et palestiniens sont pris sous les bombes à implosion, le napalm, le phosphore, les missiles. La force, la violence et la cruauté de l’agression israélienne bouleversent l’opinion mondiale. Il y a déjà 10 000 morts, alors Arafat accepte les conditions édictées par les Américains : le départ de l’OLP contre celui des forces israéliennes, et la protection des civils palestiniens par la France, l’Italie et les Etats-Unis.

            Le 30 août 1982 est un jour de deuil, les 30 000 fidâ’iyyîn survivants quittent Beyrouth, aspergés de l’eau de fleur d’oranger et sous des rafales de kalachnikovs. Beaucoup de fidâ’iyyîn sont nés ici, ils laissent une famille et pleurent une deuxième patrie. Ils seront dispersés en Afrique du Nord, au Yémen, au Soudan, en Iraq, loin, toujours plus loin de la Palestine.
Une fois de plus, les promesses américaines ne sont pas respectées : l’armée de Sharonentre à Beyrouth ouest, et les tanks israéliens stationnent devant l’état major de l’OLP.

        Sabra et Chatila, 16 septembre 1982 : 3 000 morts, des femmes, des enfants, des vieillards, massacrés par des Phalangistes à la hache, au couteau, au révolver. L’armée d’Israël était là, elle a tout vu, elle a laissé faire. Ces images partout ont choqué, partout, et surtout en Israël. Ils sont 400 000, un dixième de la population israélienne, contreSharon, contre Begin, contre cette guerre et ses massacres. Israël est déchiré. Begin est condamné à la démission. Mais son successeur, Yitzhak Shamir maintiendra encore l’armée au Liban pendant trois ans. Pour lui, la guerre est un succès, malgré la contestation qui se radicalise en Israël.

 


Sabra et Chatila

        A Tunis, en 1983, Arafat reçoit des Israéliens : c’est la photographie du premier dialogue. Avec Ury Avnery, ex-député, rédacteur en chef d’un grand hebdomadaire, et avec le général Matip Eled, héros de la guerre des Six jours. Ils risquent la prison, carShamir fait voter une loi interdisant de rencontrer les membres de l’OLP. Mais pour les Palestiniens qui dialoguent, c’est la mort : Issam Sartawi, représentant de l’OLP à l’international socialiste, tué à Lisbonne en 1983 ; Saïd Hammami, représentant de l’OLP à Londres : tué en décembre 1972 ; Azdine Kalak, représentant de l’OLP à Paris : tué en août 1978 ; Naïm Kader, représentant de l’OLP à Bruxelle : tué en juin 1981. Des Palestiniens exécutés par des Palestiniens, dont  Aboû Nidal, un homme mystérieux et qu’on dit manipulé par l’Iraq, la Lybie ; certains disent aussi par Israël.

            Gaza, bientôt 20 ans que dure l’occupation israélienne. Dans les camps de réfugiés, des centaines de milliers de Palestiniens vivent dans des conditions misérables. En Cisjordanie, ce sont des Palestiniens qui construisent les colonies juives : déjà 250 000 Juifs sur 40% des terres ; toujours le fait accompli.
Il fait encore nuit lorsque les ouvriers arrivent aux barrages militaires. Par mesure de sécurité, ils sont longuement contrôlés et fouillés. Pas de sécurité sociale, la moitié du salaire d’un ouvrier juif. Au petit matin, c’est l’autobus pour les chantiers, et le soir, ils repasseront par les mêmes humiliations.

 

1987

Ils n’ont pas de fusil, ils n’ont que des pierres, c’est l’intifada, le soulèvement. Pendant 20 ans, ils ont attendu d’être libérés par l’OLP ; maintenant les fidâ’iyyîn sont trop loin : à Alger, à Tunis. Alors pour finir avec l’occupation, ils prennent la relève. En un mois, 1 500 arrestations ; en trois ans, des dizaines de milliers de jeunes vont connaître la prison. Tous les jours à Midi, grève des commerçants. Grève des taxes et impôts aux occupants. Les Palestiniens qui collaborent avec Israël sont tués. Un état major clandestin est en constante liaison avec Tunis. Ils diffusent des mots d’ordre photocopiés à des milliers d’exemplaires et déposés la nuit devant les portes. C’est Aboû Jihad, qui depuis Tunis, est chargé des contacts avec les territoires occupés : considéré comme le commandant en chef de l’intifada, il est assassiné par un commando israélien. Depuis Alger, l’OLP a proclamé l’indépendance de la Palestine. Dans les territoires occupés, ils défilent masqués ; et les femmes cousent le drapeau du rêve.

 

07 décembre 1988, Stockholm. Désormais Arafat s’adresse publiquement aux Israéliens. Jour après jour, phrase par phrase, il concède, il prononce les mots attendus. Il accepte l’existence de deux Etats.
14 décembre 1988, Genève : il dénonce toute forme de terrorisme et désire la paix. 
Mais Israël, par la bouche de Shamir, refuse de discuter avec l’OLP et la considère comme terroriste. Dans la rue, en Israël, le débat est ouvert.
L’armée israélienne a reçu l’ordre de frapper, de briser les os, les bras, les mains qui lancent des pierres. Une scène de torture est surprise par une caméra américaine et révélée au monde entier. Shulamit Aloni, députée israélienne : « Vous corrompez notre jeunesse en l’envoyant battre des enfants. Pendant dix-huit ans, au sein de notre système éducatif, ils étudient notre déclaration d’indépendance. Ils apprennent la tolérance et la fraternité. Ils parlent de développer le pays pour tous les habitants. Ils parlent d’égalité et de non-discrimination. Quand ils ont dix-huit ans, ils sont adultes, vous vous servez d’eux pour appliquer des lois coloniales. Des citoyens, des enfants d’Israël, appliquent au nom d’Israël des lois coloniales, et commettent l’inadmissible, non seulement sur le plan moral, mais aussi selon toute règle de droit, de justice ou d’ordre. » Les consciences évoluent, mais sur 120 députés, ils ne sont qu’une dizaine à avoir le courage de parler ainsi.

 

1990

Trois ans ont passé et le monde a changé. La guerre froide est terminée, mais dans les territoires occupés, la répression continue. Au Koweit, les résolutions de l’ONU sont appliquées par la force, mais en Palestine, on attend depuis 23 ans.
James Becker, le secrétaire d’Etat américain a géré la crise du Golfe par la manière forte. Maintenant il a un plan pour la paix israélo-arabe.
23 octobre 1991, Alger, Conseil national Palestinien : venus de toute la diaspora, les délégués palestiniens doivent répondre aux propositions américaines pour négocier l’avenir des territoires occupés avec des conditions que beaucoup jugent inacceptables.
Georges Habashe, le vieil adversaire d’Arafat, est à la tête de ceux qui refusent. Le plan américain ne prévoit que des négociations pour un statut intérimaire des territoires occupés, des négociations sans l’OLP ; rien encore sur le retour des réfugiés. Arafat sait que c’est à la fois la dernière chance et un premier pas vers la paix, mais il est bien seul pour convaincre : tous ses compagnons les plus proches sont morts, assassinés. 256 pour, 68 contre, 12 abstentions : Arafat a gagné.

        Madrid, 30 octobre 1990 : le nouvel ordre mondial. Georges Bush et Mickaël Gorbatchev ouvrent la conférence de la paix. Pour la première fois, tous les voisins d’Israël sont là pour négocier : la Syrie, la Jordanie et le Liban ont envoyé leurs ministres des affaires étrangères. Shamir s’est déplacé en personne pour défendre sa position. Cela ne sert à rien : l’OLP et Yasser Arafat sont absents pour les négociations ; mais la Palestine est là, représentée par Haydar Abd Al-Chafi. C’est un évènement : c’est la première fois qu’un Palestinien négocie directement pour son peuple, et il a été mandaté par Yasser Arafat.

 

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : Palestine (5) : De 1950 à 1990 - L'OLP
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:03

         L’Islam est un mode de vie qui ne s’adresse pas seulement aux Arabes, mais à l’ensemble de l’humanité. Le Coran enseigne : « Ô hommes ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès d’Allâh est le plus pieux. Allâh est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. », s.49 Al-Houjourât (Les Appartements), v.13. Le Prophète  déclara en substance : « Toute l’humanité descend d’Adam et Ève ; un Arabe n’est pas supérieur à un non Arabe, et un non Arabe n’est pas supérieur à un Arabe ; tout comme un blanc n’est pas supérieur à un noir et vice-versa, excepté de par sa piété et ses bonnes actions. ». D’ailleurs, le premier muezzin de l’Islam, Bilâl Ibnou Rabâh , était originaire d’Afrique de l’Est (Abyssinie). Esclave affranchi des débuts de l’Islam, il faisait partie des Compagnons du Prophète les plus loyaux et dignes de confiance.
Aussi, cette région du monde fut une terre d’asile pour les premiers musulmans persécutés par les Qoraychites, leurs propres concitoyens. Les liens qui unissent l’Islam et l’Afrique sont donc très étroits.
Aujourd’hui, le nombre de musulmans en Afrique de l’Est est estimé à environ 100 millions de personnes. La proportion des musulmans varie d'un pays à un autre dans cette région : elle est de 80% pour le Soudan sur 40 millions d’habitants, 50% pour l’Erythrée sur 5 millions, 94% pour Djibouti sur 507 000, 45% pour l’Ethiopie sur 83 millions, 100% pour la Somalie sur 9 millions, 10% pour le Kenya sur 35 millions, 16% pour l’Ouganda sur 31 millions, 10% pour le Rwanda sur 10,2 millions, 1% pour le Burundi sur 8,6 millions, 35% pour la Tanzanie sur 40 millions, 20% pour le Malawi sur 14 millions, 18% pour le Mozambique sur 21 millions, 99% pour l’archipel des Comores sur 732 000 et 7% pour Madagascar sur 20 millions.  

 

 

Premiers pas de l’Islam : l’Abyssinie            

         La première rencontre entre l’Islam et les Africains se produisit du vivant du Prophète Mouhammad . Né en 571, il prêcha le message divin pendant les 23 dernières années de son existence, jusqu’en 632. Basée sur l’unicité de Dieu, la nouvelle religion ne plut guère aux notables Qoraychites qui pratiquaient le polythéisme. Ils se mirent très tôt à persécuter le Prophète  et les premiers musulmans. Lorsque leurs supplices se firent de plus en plus pénibles, le Messager conseilla aux fidèles d’émigrer pour trouver refuge autre part sur Terre : « Il y a en Abyssinie un roi auprès de qui personne ne subit d’oppression. [Et] si vous émigriez dans ce pays jusqu’à ce que Dieu vous facilite les choses ? » [Fathou- l-bârî 7/237.]
C’est ainsi qu’en 615, le premier groupe de croyants (environ quinze musulmans dont quatre femmes) s’expatria en Abyssinie (actuelle Éthiopie) alors gouvernée par An-Najâchî (le Négus), un roi chrétien africain.
Après avoir passé deux mois en Afrique, certains musulmans retournèrent à la Mecque suite à une rumeur selon laquelle les Qoraychites se seraient convertis à l’Islam. Constatant bien vite la fausseté de l’information, un nouveau groupe de quatre-vingt-dix personnes partit pour l’Abyssinie. 

 

 

         Les polythéistes envoyèrent deux hommes, à savoir ‘Amr Ibnou-l-‘Âç et ‘Abdoullâh Ibnou Abî Rabî‘a à leur poursuite pour essayer de ramener les exilés en Arabie. Chargés des plus somptueux cadeaux, les émissaires Qoraychites tentèrent par tous les moyens d’amadouer le Négus, qui ne livra cependant point les réfugiés. Son sens de l’équité le poussa même à écouter les fuyards : il fut pleinement convaincu par le discours de Ja‘far Ibnou Abî Tâlib  et ému jusqu'aux larmes à la récitation des versets coraniques relatifs à Maryam mère de 'Îssâ (paix sur eux). Le souverain chrétien offrit donc l’hospitalité aux émigrés musulmans, leur assurant sécurité et bien-être. 

        Le Prophète  et les musulmans quitteront la Mecque en 622, soit treize années après le début de la révélation. ‘Â’icha  rapporta que « la plupart des musulmans émigrés en Abyssinie revinrent en Arabie pour se rendre à Médine ». [Rapporté par Al-Boukhârî.]Cependant, un certain nombre d’entre eux resta en Abyssinie où ils établirent de très bonnes relations avec la population autochtone. On raconte que l’épouse de Ja‘far Ibnou Abî Tâlib accoucha le même jour que la femme du Négus et fut priée de devenir la nourrice du petit prince abyssin. Cet honneur lié à la parenté de lait accordé aux musulmans prouve bien la sincérité et l’étroitesse des liens entre les chrétiens d’Afrique et les musulmans d’Arabie.

 

 

 

Ces émigrés restèrent treize années en Abyssinie avant de retourner au Hidjâz en 628, après la bataille de Khaybar.
Plusieurs sources attestent de la conversion du Négus à l’Islam du vivant du Prophète qui fut par la suite informé de son décès par l’ange Jibrîl . Après avoir annoncé la nouvelle à ses Compagnons, il présida la prière funèbre en faveur du roi africain et implora Dieu de lui faire miséricorde. 

L’expansion de l’Islam sur la côte orientale de l’Afrique             

         Contrairement à l’expansion musulmane en Afrique du Nord ou de l’Ouest, la propagation de l’Islam sur la côte Est se fit par vagues successives.
En 696, le calife omeyade ‘Abdoullâh Ibnou Marwâne envoya des émissaires sur la côte Est de l’Afrique, ce qui montre l’existence possible d’échanges commerciaux voire religieux. Dans les chroniques de Kilwa (grande cité médiévale de Tanzanie), il est rapporté que le sultan ‘Alî Ibnou Al-Hassan de Chiraz (Perse) voyagea jusqu’à Kilwa aux alentours du 8ème siècle avec ses biens et ses enfants suite à des persécutions. Il demanda au dirigeant de cette cité l’autorisation de s’installer, ce qu’il obtint sans difficulté en échange de biens commerciaux (tissus et colliers de perles). Le sultan épousa alors la fille du chef et vécut en bons termes avec les indigènes. Il aurait fait construire une des plus anciennes mosquées sur l’île de Zanzibar (archipel au large de la Tanzanie), à Kizimkazi.

      D’après l’historien Al-Mas‘oûdî, les premiers marchands musulmans arrivèrent sur la côte orientale de l’Afrique au cours du 10ème siècle en provenance de divers horizons : de la péninsule arabique sans conteste, puisque seulement 80 kilomètres de mer la sépare de la Corne de l’Afrique ; d’Égypte, qui fut le premier pays nord africain à embrasser l’Islam ; du Golfe persique ; de Chine et d’Inde. Les commerçants musulmans se sont vite intégrés à la population en contractant mariage avec les indigènes. Ce brassage donna naissance à un nouveau peuple : les Swahilis. Ceux-ci développèrent une culture et une langue spécifiques, le kiswahili : un mélange d’arabe et de divers dialectes africains.
Le géographe Al-Idrîssî nota des échanges commerciaux entre Zanzibar et Muscat (Oman) en 1154 : l’Afrique de l’Est offrait en effet de l’or, de l’ivoire, des esclaves et plus tard, du coton tissé de qualité ; en échange, les musulmans apportaient du tissu, des épices, de la porcelaine et d’autres biens manufacturés.
L’épique voyageur andalou Ibnou Battta, visita Mogadiscio (actuelle capitale somalienne), Mombasa (ville portuaire du Kenya) et Kilwa au 14ème siècle, où il découvrit que les hommes de lettre et les savants, majoritairement chafi‘ites, correspondaient avec leurs homologues dans le Hijâz en arabe, langue de littérature et de commerce. Il rapporta dans ses écrits qu’il se sentait chez lui : la plupart des populations côtières étaient musulmanes.
Les historiographes rapportent également que les Swahilis avaient un mode de vie très naturel qui respectait complètement leur environnement : ils utilisaient des matériaux naturels comme le corail pour bâtir leurs demeures, encore d’aplomb aujourd’hui et leur régime alimentaire se composait de fruits et légumes locaux et de poisson.


Détails d’une maison swahilie

         Au 15ème siècle, les Portugais chrétiens atteignirent la côte. Vasco de Gamaarriva en 1498 en représentant du roi et de son peuple dans le cadre d’échanges commerciaux et de croisades religieuses. Ironie du sort, les Portugais ne seraient pas arrivés à destination sans les cartes élaborées par les musulmans et aucun matelot portugais n’osa s’aventurer au Cap de Bonne-Espérance sans y être accompagné par les musulmans. De Gama décrivit Kilwa comme étant une cité extrêmement belle, avec des fruits exotiques, des rues organisées, de l’eau courante, des structures solides et une littérature rivalisant avec celle de l’Europe.            

        Malgré la confiance du peuple swahili, les Portugais attaquèrent Mombasa en 1505, faisant fuir les populations à cause des bombardements de canon. Ils y établirent le Fort Jésus et d’autres forts le long de la côte. Les lusitaniens continuèrent à subjuguer les villes côtières majoritairement musulmanes de l’Océan Indien, de la péninsule arabique (Aden), d’Inde en passant par Goa et Gujarat jusqu’à Calcutta et établirent une route commerciale de la côte de l’Afrique de l’Est à la Chine. Forts de leur expérience des armes et du prosélytisme mené contre les musulmans d’Andalousie, les Portugais maltraitèrent les musulmans dans toutes les villes assujetties. Ceux-ci se révoltèrent et préférèrent être placés sous la protection du califat turc plutôt que d’être asservis par leurs colonisateurs catholiques.
Les Swahilis finirent par venir à bout de leur oppresseurs grâce à l’aide des Omanais, mais en 1812 des conflits éclatèrent entre Mombasa et Lamou (Kenya). Le sultan d’OmanSayyid Sa‘îd intervint et conquit la côte swahilie. En 1840, elle fut complètement assujettie, au point que Zanzibar devint également la capitale d’Oman, sûrement à cause de son littoral qui était ― et l’est encore ― paradisiaque.

 

 

        L’imposition brutale de la domination lusitanienne et la tentative de consolider le pouvoir du colonisateur en brisant le contrôle des marchands swahilis sur les commerces lucratifs d’or et d’ivoire fit pénétrer l’économie côtière dans la spirale du déclin. En fixant une taxe sur l’or à toute les villes-états subjuguées et en imposant un système de contrôle du trafic maritime, les Portugais n’ont fait que participer à l’agonie de la poule aux œufs d’or.
Les Omanais ont essayé de faire revivre le passé glorieux du commerce swahili sous le règne du sultan Sayyid Sa‘îd mais en vain. Par conséquent, les marchands se sont de plus en plus tournés vers l’agriculture, produisant des épices comme le clou de girofle ou la noix de muscade à exporter. 

L’expansion de l’Islam à l’intérieur des terres 

        Malgré les succès politique, culturel et économique des villes swahilies, l’Islam se cantonna aux côtes de l’Est de l’Afrique. Cette situation changea à la fin du 18ème siècle, début du 19ème lorsque les plantations de noix de coco, d’épices et de canne à sucre se développèrent sur les îles côtières. Les cultivateurs, ayant besoin d’une main d’œuvre bon marché, commencèrent à ramener des esclaves de l’intérieur des terres. Les Swahilis n’étaient pas les premiers à avoir recours à l’esclavage, puisque dès le 17ème siècle, les Portugais, qui contrôlaient déjà toute la région côtière du Mozambique, le pratiquaient dans les terres de l’Afrique orientale, envoyant leurs esclaves au Brésil ou en Afrique du Sud. Les musulmans de la côte Est se déplaçaient eux-mêmes dans les terres pour rechercher de la main d’œuvre. Par conséquent, ils établirent des relations particulières avec les royaumes intérieurs. À travers leurs contacts avec ces nouveaux partenaires, l’Islam s’introduit progressivement dans certaines régions intérieures. Mais cette expansion s’interrompit rapidement avec l’introduction du colonialisme européen à la fin du 19ème siècle.               

      L’Islam apparut en Afrique orientale à l’époque du Prophète  et il ne lui fallut que quelques siècles pour s’implanter pacifiquement et de façon durable. Avec l’apparition du peuple swahili, l’Afrique de l’Est connut son âge d’or. Malheureusement et une fois de plus, les colonisateurs européens, dans leur désir hégémonique de « civiliser » le reste du monde n’ont fait que précipiter sa décadence.

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'Islam en Afrique Noire : l'Afrique de l'Est
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:06

     L’Islam et l’Afrique sont liés de façon inextricable : c’est ce continent qui servit de refuge à la première génération de musulmans qui fuyaient les persécutions des Qoraychites dès le début de la Révélation. Aujourd’hui, l’Islam est une religion traditionnelle à part entière en Afrique Noire Occidentale puisqu’il est présent dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest : le nombre de musulmans s’y élève à 190 millions. Le Bénin compte entre 20 et 25% de musulmans sur 8,7 millions d’habitants ; le Burkina Faso, 50% sur 15 millions ; la Côte d’Ivoire, 38% sur 19 millions ; la Gambie : 95% sur 1,7 millions ; le Ghana : entre 15 et 20% sur 23 millions ; la Guinée : 85% sur 10 millions ; la Guinée-Bissau : 45% sur 1,5 millions ; le Liberia : 20% sur 3,3 millions ; le Mali : 80% sur 12 millions ; le Niger : 90% sur 13 millions ; le Nigeria : 50% sur 149 millions ; le Sénégal : 90% sur 13,7 millions ; le Sierra Leone : 60% sur 6,3 millions et le Togo 10% sur 5,8 millions.
À partir de la péninsule arabique, l’Islam s’étendit très rapidement vers l’est, le nord et l’ouest. Il avait atteint l’est de l’Afrique du Nord durant la deuxième moitié du 7ème siècle (en 670) et arriva en Afrique de l’Ouest au cours du 8ème siècle. De nombreux historiens arabo-musulmans ont commencé à écrire sur l’Afrique de l’Ouest au début du 8èmesiècle, comme Ibnou Mounabbih, suivi par Al-Mas’oûdî au 10ème siècle.   

L’Islam en Afrique Occidentale              

 

  

 

        L’Islam atteignit la savane africaine dès le 8ème siècle. Ce biome tropical forme une ceinture allant de l’Océan Atlantique à la Mer Rouge. Il est bordé au nord par le désert du Sahara et par les sources des fleuves Sénégal et Niger au sud. Tout naturellement, les échanges commerciaux s’établirent entre le sud de l’Afrique du Nord et les pays voisins. 
Les premiers Noirs à embrasser l’Islam furent la dynastie des Dya’ogo, peuple situé le long de la vallée de l’actuel Sénégal vers 850 ap.J.-C. Les historiens arabo-musulmans se réfèrent souvent à cette région appelée « bilâd at-takroûr » qu’ils considèrent être le pays des premiers musulmans noirs.            

        War-jabi, fils de Rabis fut le premier dirigeant du Takroûr sous le règne duquel l’Islam s’établit fermement et la chari‘a fut respectée. La population put ainsi s’épanouir sous un système législatif uniforme. Lorsque les Almoravides lancèrent une attaque sur Takroûr, l’Islam était déjà bien implanté dans les cœurs des habitants de cette région. En 1511, Al-Idrîssî décrivit cet endroit comme étant « sûr, paisible et serein ». La capitale, qui portait le même nom que la région, était devenue une ville commerçante incontournable. Les marchands y apportaient de la laine en provenance du Maghreb et repartaient avec de l’or et des perles.            

        Les historiens arabes connaissent bien l’Afrique de l’Ouest qu’ils appellent « bilâd as-soûdân » (« le pays des Noirs »). À l’époque médiévale émergèrent des empires très célèbres encore aujourd’hui : les empires du Ghana, du Mali et de Songhay. D’éminents historiens ont décrit la gloire de ces terres des siècles avant les Européens, notammentAl-BakrîAl-Mas’oûdîIbnou Battta et Ibnou Khaldoûn. D’autres historiographes locaux tels As-Sa‘dî dans Târîkh As-Soûdân ou encore Mahmoûd Ka’t le Tombouctien dansTarîkh Al-Fattâch fî akhbâri-l-bouldân wa-l-jouyoûch wa akhbâri-n-nâss enrichirent la documentation concernant ces grands empires.

 

                
        Ibnou Battta                                  Ibnou Khaldoûn           

 

         Plusieurs routes commerciales virent le jour pour faciliter les échanges entre le sud de l’Afrique du Nord et l’Afrique Occidentale : celle qui partait de Sijilmâsa (région de Tâfilâlt au Maroc) vers Taghaza (nord du Mali) puis Awdaghost (Mauritanie) menait vers l’Empire du Ghana ; et une autre qui démarrait également de Sijilmâsa passant par Touat (ouest algérien), Gao (Mali) et arrivait à Tombouctou (Mali). D’autres routes reliaient Bornou (actuel Nigeria) à Tripoli (Lybie) et à Fez. D’autres encore reliaient Bornu à la Tunisie via Ghadamès (Libye), Ghat (Libye) et Agadez (nord du Niger) jusqu’au sud-ouest du Lac Tchad. Toutes les villes qui forment ces routes sont devenues de célèbres centres de commerce et d’apprentissage de l’Islam à la civilisation parfaitement épanouie.    

 

 

L’Islam dans l’ancien Empire du Ghana (Wagadu)            

         Les limites de ce vaste empire allaient de l’Océan Atlantique à l’ouest jusqu’au Lac Tchad à l’est, et du Sahara au nord jusqu’aux sources des fleuves Sénégal et Niger au sud. Cette région doit son nom à l’appellation donnée par les Arabes : « ghana » était le titre attribué au souverain de cette contrée ; ce mot signifie « chef de guerre ». Le monarque du Wagadu fit bon accueil aux commerçants musulmans arrivés dès le 9èmesiècle. Ces derniers s’installèrent juste à côté de la capitale, Koumbi Saleh, et marchandaient leurs produits contre de l’or. Ce fut la première puissance du Sahara à embrasser l’Islam.            

         Le géographe musulman Al-Bakrî donna très tôt une description détaillée de cet empire dans son livre Kitâb fî-l-masâlik wa-l-mamâlik (Livre des routes et des royaumes) où il décrit le Ghana de 1068 comme étant extrêmement évolué. Le pays était prospère grâce à une économie très développée : l’agriculture au sud, l’élevage au nord, le commerce ― transsaharien en particulier ― était florissant (or, sel, peaux, céréales, etc.) grâce au développement du transport caravanier, et surtout, les mines aurifères et les ferrières semblaient intarissables. 
Le roi avait employé des interprètes musulmans et la plupart de ses ministres et trésoriers étaient également musulmans. Les représentants musulmans étaient assez lettrés pour consigner les événements en langue arabe et, au nom du roi, correspondaient avec d’autres dirigeants. En tant que musulmans, ils faisaient également partie de la sphère politique du monde islamique, ce qui facilitait les relations internationales. 
La capitale Koumbi Saleh (ou Ghana) peuplée de 20 000 habitants se composait de deux villes établies sur une plaine ; l’une d’elles, habitée par des musulmans, comptait douze mosquées : tous les fidèles de la ville se rassemblaient dans l’une d’entre elles pour assister à l’office du vendredi. À chaque mosquée étaient assignés un imâm, un muezzin et des récitateurs du Coran rémunérés. Un grand nombre de jurisconsultes et d’érudits vivaient également dans cette grande ville.               

 

 

      L’Empire du Ghana commença son funeste déclin sous les campagnes des Almoravides (« Al-mourabitoûne » qui veut dire « ceux qui s’enferment dans un “ribât” ou monastère »), des Berbères musulmans tout droit sortis de leur retraite. Au début du 11ème siècle un des leaders de ces derniers, Tarsina, effectua son pèlerinage à la Mecque. À son retour, il lança une expédition contre les païens installés sur les deux rives du fleuve Sénégal. Débuta alors une âpre bataille entre les fractions almoravides et les souverains de l’Empire de Ghana qui, malgré leur hospitalité bienveillante à l’endroit des musulmans, restaient les rois du paganisme. Tarsina finit par perdre la vie au combat en 1023. Son œuvre fut reprise par son frère Yahyâ Ibnou Ibrâhîm, qui accomplit également son pèlerinage et ramena avec lui un grand prédicateur du nom de ‘Abdoullâh Ibnou Yâssîn qui prêcha auprès des populations situées sur les rives du Sénégal. Même si beaucoup de ces peuples, profondément attachés à leurs croyances païennes, ont d’emblée refusé de se convertir à l’Islam, ils finirent par l’accepter après la conversion de leurs dirigeants. En effet, le message de Mouhammad  attira en premier lieu certaines familles royales du Pays noir, notamment les princes et les notables, avant de se généraliser à la population.
À la fin du 11ème siècle, moins de cinquante ans après les premières prédications de‘Abdoullâh Ibnou Yâssîn, l’Islam avait atteint des endroits situés à moins de 400 kilomètres des côtes du Golfe de Guinée. Certains commerçants musulmans, intéressés par les noix de cola produites en abondance dans cette région, s’installèrent sur les rives de la Volta Noire et fondèrent la ville de Bégho (au Ghana actuel) qui ne tardera pas à devenir un important centre de commerce et d’apprentissage de l’Islam.
Bien plus que les expéditions des Almoravides, c’est surtout la sécheresse conséquente à une exploitation intensive des ressources sylvestres qui poussa la population à migrer vers des terres plus accueillantes. Le Royaume du Ghana tomba progressivement en décadence et finit par être annexé en 1240 par l’Empire du Mali qui connaissait un épanouissement certain. 

L’Islam dans l’Empire du Mali             

 

 

         Le Royaume du Mali naquit des ruines de l’Empire du Ghana. La période aride avait poussé les populations à émigrer dans des régions plus humides du sud comme celle du Mandé. Ces zones fonctionnaient comme de véritables royaumes miniatures, dirigées par des chefs de guerre qui se donnaient le titre de « Mansa ». Aux alentours de 1050, après des années de sécheresse, le leader mandingue (du Mandé) du nom deBaramendena fit la connaissance d’un marchand musulman auquel il demanda de prier pour demander la pluie. Ce dernier accepta à condition que son hôte royal embrassât l’Islam et priât avec lui. Le souverain se convertit et ils prièrent toute la nuit durant : le précieux liquide se mit à tomber du ciel au lever du jour. Constatant ce fait miraculeux, le roi fit détruire toutes les idoles et chassa tous les sorciers de son pays. Alors que ses descendants et les notables du royaume acceptèrent sincèrement l’Islam, la population resta foncièrement polythéiste. 

         Barmendena effectua son pèlerinage à la Mecque. Il commença alors à établir des liens avec les pays voisins, hautement bénéfiques à l’extension de son pouvoir et à la croissance de son royaume. À cette époque, c’était l’Empire du Ghana qui détenait les sources de productions aurifères (dans le Bambouk), mais très vite les Almoravides se familiarisèrent à la route qui menait au Mandé et invitèrent les caravanes marocaines à s’y fournir en or. C’est ainsi que le roi mandingue s’enrichit considérablement et offrit ainsi à son peuple de nouvelles perspectives. Barmendena fit construire des mosquées et des écoles islamiques dans tout le pays si bien qu’en 1200, le royaume comptait près de 42 000 érudits répartis dans les grandes villes d’apprentissage.            

        Ce petit royaume mandingue suscita bien vite les convoitises des chefs d’Etats voisins et tomba en 1224 entre les mains de Soumangourou, roi de la région de Sosso.Soundjata Keïta, un des héritiers légitimes du Mandé, ne tarda pas à libérer son pays de l’oppresseur qu’il défit en 1235 et en profita pour conquérir Ghana en 1240. Il était de ce fait devenu un chef remarquable par son courage et par l’intérêt qu’il porta au développement de l’agriculture, à l’introduction de la culture et du tissage du coton et par la sécurité qu’il instaura aux quatre coins de son royaume. Il s’éteignit en 1255, victime d’un accident lors d’une fête publique.
Son continuateur, le mansa Oulé, resta fidèle à la tradition de Baramendena et accomplit son pèlerinage à la Mecque, puis poussa plus loin les frontières du nouvel empire vers l’ouest en intégrant le Bambouk, le Boundou et la plus grande partie de la vallée de la Gambie.        

 

     

 

         De 1285 à 1300 régna un esclave affranchi nommé Sakoura. Ce fut le seul étranger, ex-serf de surcroît, à accéder au trône infailliblement occupé par la longue lignée des Keïta. Son œuvre ne fut que le prolongement de ses maîtres et antécesseurs : il poussa les frontières du royaume mandingue jusqu’au nord-est dans le Massina et atteignit le bas-Sénégal au nord-ouest, intégrant ainsi le Takroûr à l’empire le plus vaste de l’Afrique et un des plus considérables que connut le monde. Sakoura se rendit, à l’instar de ses prédécesseurs, au pèlerinage à la Mecque mais ne retrouva pas les siens puisqu’il fut assassiné à son retour près de Djibouti (Afrique de l’Est) par des pillards qui lorgnaient son or. Ses compagnons réussirent à conserver son corps pour le ramener jusqu’au Royaume du Mali : ses funérailles furent dignes des obsèques des rois Keïta.            

         L’empire du Mali atteignit son apogée au cours de la première moitié du 14èmesiècle sous le règne de mansa Moûssâ (ou Kankan Musa) qui gouverna de 1307 à 1332. Celui-ci suivit les traces de ses aïeuls en se rendant à la Mecque en 1324 : son pèlerinage marqua les esprits par le faste qui caractérisait son voyage et le comportement exemplaire de sa cour. Il arriva au Caire à la tête d’une caravane de 60 000 personnes, une centaine de chameaux chargés de plus de deux tonnes d’or destiné aux pauvres ; parmi les quelques 12 000 servants tous vêtus de soie et de brocart, 500 transportaient des bâtons d’or pur. Mansa Moûssâ dépensa sans compter en Égypte, rendant le métal précieux si abondant qu’il fit chuter son cours pendant plus d’une décennie au Caire. La splendeur de sa caravane fit évidemment sensation et rendit mansa Moûssâ et son empire célèbres dans tout le monde arabe. Le Mali atteignit une telle renommée que les Européens produisirent en 1375 une carte montrant Moûssâ assis sur un trône au milieu de l’Afrique Occidentale tenant une pépite d’or dans sa main droite.            

 

 

        Mansa Moûssâ a toujours participé activement à l’expansion de l’Islam et à son apprentissage. Durant ses premières années de règne, il envoya des étudiants s’instruire dans les universités marocaines, si bien que peu avant sa mort, ces érudits établissaient leurs propres centres d’apprentissage à Tombouctou. C’est après avoir visité les villes saintes de l’Islam que Moûssâ décida de faire construire de grandes mosquées, de vastes bibliothèques et des écoles islamiques. De nombreux savants religieux et autres hommes de lettres, parmi lesquels le poète et architecte cordouan Aboû Ishâq Ibrâhîm As-Sâhilî, accompagnèrent mansa Moûssâ lors de son retour pour s’installer dans l’empire malien. As- Sâhilî fut l’illustre ingénieur de la grande mosquée Djingareyber de Tombouctou, édifice classé aujourd’hui au patrimoine mondial de l’Unesco. Construite entièrement en matières périssables (terre crue, bois, pierres tendres, etc.), le temple témoigne du recours à des techniques traditionnelles vulnérables face aux aléas du temps. La bâtisse perdura malgré tout au fil des siècles grâce à la responsabilisation des maçons et à l’implication de toute la population dans les travaux annuels d’entretien.   

 

 

        Cette mosquée, à l’instar de tous les édifices religieux construits par mansaMoûssâ, joua un grand rôle dans la diffusion et le renforcement de l’Islam. Cependant, quoi que l’on puisse dire sur l’empire malien, l’Islam ne fut pas pratiqué sous sa forme la plus épurée. En effet, les pratiques païennes subsistaient en Afrique de l’Ouest. Ibnou Battta fit une description frappante des mœurs courantes à l’époque : « Lorsque le souverain appelait un de ses sujets à une audience, celui-ci retirait ses vêtements, s’habillait en guenilles et remplaçait son turban par un couvre-chef crasseux. Il entrait ensuite en soulevant ses habits à mi-hauteur du tibia et avançait de manière soumise allant même jusqu’à frapper le sol de ses coudes. Il se tenait alors comme incliné en prière pour écouter les paroles du roi. Lorsque l’un d’entre eux s’adressait au souverain et que ce dernier répondait, il ôtait ses vêtements et se frottait la tête avec de la poussière comme pour se la laver. » L’historien arabe fut également choqué de voir des femmes marcher nues dans la rue pour amener de la nourriture au roi durant le mois de Ramadan. 

         Parmi les successeurs de l’empereur Moûssâ, son frère Soulaymâne régna de 1341 à 1360 et maintint le royaume à son zénith. Ibnou Battta lui rendit visite en 1353-1354 et ne manqua pas de noter le luxe de la cour royale : « La salle d’audiences a trois fenêtres en bois recouvertes de plaques d’argent et, au-dessous, trois autres recouvertes de plaques d’or. […] Les écuyers arrivent avec des armes magnifiques : carquois d’or et d’argent, sabres ornés d’or ainsi que leur fourreau, lances d’or et d’argent, massues de cristal. »
Toutefois, à la mort de mansa Soulaymâne vers 1360, l’empire commença à décliner du fait de querelles successorales qui entraînèrent décadence et anarchie. Durant cette période de troubles au sein du pouvoir central, les vassaux proclamèrent l’indépendance de leurs régions. Selon Ibnou Battta, c’est à ce moment-là que fut vendue la fameuse pépite d’or du trésor royal ; elle était considérée comme la plus précieuse des richesses du royaume de par sa rareté.
Au début du 15ème siècle l’ascension de l’Empire Songhay restreignit le Mali à sa chefferie originelle. 

L’Islam dans l’Empire de Songhay             

 

 

 

         Le petit Royaume de Songhay naquit au 7ème siècle suite aux métissages entre le peuple Sonrhaï et les Berbères fuyant les invasions arabes. Ce mélange de population donna naissance à la dynastie des Dia qui s’établira en un royaume vassal des Empires du Ghana puis du Mali. 
La religion musulmane s’introduisit dans le Songhay vers 1010, lorsque ses rois s’installèrent à Gao et se convertirent à l’Islam.  

         Ce n’est qu’au 15ème siècle que cette région se développa pour reprendre le flambeau de l’empire mandingue déchu. L’Empire s’étendit sur la majeure partie du fleuve Niger, le Mali et une portion du Nigéria actuels, devenant ainsi le plus vaste empire qu’ait connu l’Afrique.
En 1464, Sonni Ali s’empara du pouvoir à Gao. Après avoir formé sa cavalerie et une flotte de 400 bateaux, il s’empara de Tombouctou en 1468. La flotte de Djenné finit par s’associer à celle de Sonni Ali et assura sa domination sur tout le delta intérieur du fleuve Niger. Il se fera connaître sous le nom de « Ali le Grand », développa le commerce, centralisa son administration et avait pour habitude de rédiger des textes officiels. Sonni Ali était un musulman qui mit l’Islam au service de ses ambitions. Il avait facilement recours à la magie et aux pratiques païennes, et allait même jusqu’à persécuter certains savants pour arriver à ses fins. Lorsque le docte Al-Mâghilî osa le qualifier de païen, il le punit comme les autres. Sonni Ali essayait de trouver un compromis entre l’Islam et le paganisme, ce que les savants de l’époque condamnaient bravement. Son syncrétisme fut fermement contesté par les notables musulmans et les savants de Tombouctou. La célèbre famille de savants berbères Agit, qui tenait le poste de grand qâdî, était connue pour son audacieuse opposition envers les dirigeants. Sonni Ali n’hésitait pas à prendre des mesures contre les érudits de Tombouctou, mais à sa mort, un revirement de situation fit triompher les experts religieux : Mouhammad Toure, un commandant des armées demanda au successeur potentiel de Sonni AliSonni Barou, d’exprimer publiquement son appartenance à l’Islam. Voyant que ce dernier refusait de s’exécuter, le militaire l’évinça du pouvoir et établit une nouvelle dynastie en son nom : les Askiya.            

        Dès qu’il prit le pouvoir, Askiya Mouhammad établit la loi islamique et encouragea bon nombre de fidèles à se former au poste de juge (qâdî). Il parrainait les savants et leur offrait de belles parcelles de terre : d’éminents érudits du Maghreb furent attirés par Tombouctou grâce à son patronage et la ville ouvrit la première université islamique de toute l’Afrique Occidentale ; elle devint le siège incontournable de l’apprentissage de l’Islam et un centre intellectuel où se développa une littérature fort intéressante rédigée en arabe aux 16ème et 17ème siècles ― c’est de cette période que datent Târîkh as-Soûdânet Târîkh al-Fattâch
À l’instar de la plupart des empereurs africains, Mouhammad accomplit son pèlerinage à la Mecque en 1497. Il fit ainsi connaissance avec de nombreux savants dont As-Souyoûtîavec lequel il s’entretint longuement. Il rencontra également le dirigeant de la Mecque, moulay Al-‘Abbâs, qui le reçut de la meilleure des manières, lui offrit une épée et lui donna le titre de « Calife du Soudan occidental ».            

 

 

         Le roi s’intéressait tellement au système légal islamique qu’il ne cessait de questionner Mouhammad Al-Maghlî, avec qui il s’était lié d’amitié ― celui-là même qui avait courageusement tenu tête à Sonni Ali. Le savant répondait en détail aux interrogations de l’Empereur, qui faisait ensuite diffuser les réponses aux quatre coins du Royaume Songhay.
Paradoxalement, aucune loi n’avait été fixée concernant la succession au trône, etMouhammad, devenu aveugle, se fit destitué par son propre fils Moûssâ. Commença alors une série de massacres odieux, de guerres civiles et d’expéditions inutiles qui effritèrent le grand Empire bâti par le premier Askiya. Un autre fils de Mouhammad,Dâwoûd, tenta d’éradiquer les maux introduits par son frère et de rétablir la stabilité de l’Empire durant son règne de 1549 à 1583. Il réussit à relancer l’agriculture, à inciter la population à étudier et surtout à préserver l’amitié du sultan du Maroc Ahmad Adh-Dhahbî : celui-ci avait obtenu de Dâwoûd en 1578 contre 10 000 dinars d’or la possibilité d’exploiter les salines de Teghaza pendant un an. Mais cette solution placebo eut les conséquences inverses que celles escomptées. En effet, ayant goûté aux profits de ces précieuses sources, Ahmad prit la résolution de s’approprier non seulement les salines, mais aussi les mines d’or dont l’acquisition lui vaudra son qualificatif d’« Adh-Dhahbî » (Le Doré).
Après plusieurs batailles, les Maures avaient eu raison de la faiblesse des dirigeants songhay et prirent possession de l’Empire en 1591.            

         Suite à ces périodes impériales prospères tant sur les plans commercial que culturel et religieux coexisteront de nombreux petits royaumes. À la fin du 18ème siècle, début du 19ème, l’Afrique, à l’instar du reste du monde musulman, fut balayée par une vague de réformes religieuses. Des réformateurs actifs comme les Fulani ou les partisans de Lhâj ‘Omar, étendirent considérablement les terres sur lesquelles l’Islam était prédominant en Afrique de l’Ouest. Usumanu dan Fodio (1809) fondit le califat de Sokoto qui sera finalement intégré à la colonie britannique (actuel Nigeria) tout en gardant une certaine autonomie. 

         Pendant ce temps, et ce depuis le début du 15ème siècle, l’Empire portugais avait commencé son périple vers les Indes en contournant le continent africain. Les flottes ibériques établirent des premiers contacts commerciaux avec l’Afrique de l’Ouest et fondèrent plusieurs comptoirs (ou forts) sur la côte qu’ils dominèrent jusqu’en 1600. De nouvelles routes commerciales reliant le nord au sud du Sahara s’imposèrent au détriment des itinéraires transsahariens allant d’ouest en est et vice-versa. À son apogée en 1532, le comptoir de San Jorge de Mina (Ghana actuel) fournit 700 kg d’or ; son rendement plafonna à 150 kg au cours du 16ème siècle puis chuta fatalement à cause de l’importation massive du métal précieux du Nouveau Monde.                 

 

 

         Les Français et les Anglais établirent également des comptoirs sur la côte Ouest de l’Afrique, à l’instar des lusitaniens, délaissant l’intérieur du continent parce que difficile d’accès. Durant la deuxième moitié du 19ème siècle, le décèlement de richesses inespérées telles les mines de diamant du Transvaal (nord-est de l’Afrique du Sud) réveilla la convoitise européenne, lançant les grands empires dans une course effrénée à la colonisation. À l’issue de la conférence de Berlin en 1885, l’Afrique de l’Ouest fut majoritairement attribuée à la France, excepté le Togo qui revint à l’Allemagne ; la Gambie, le Nigeria, le Ghana et le Sierra Leone à l’Angleterre et la Guinée-Bissau au Portugal. Le Liberia ― fondé en 1822 pour y rapatrier les esclaves affranchis d’Amérique ― est un Etat indépendant depuis 1847. Toute cette entité géographique prit le nom d’Afrique Occidentale Française.
De nombreux heurts opposèrent les grandes puissances, mais maints traités bilatéraux permirent d’établir les frontières entre les différents empires. Ces limites artificielles, basées sur un principe de compensations territoriales, divisèrent les différents royaumes africains et leurs ethnies.            

         Face à la présence française, la résistance de l’Afrique Occidentale est réelle, notamment aux confins du Mali, de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et de la Côte d’Ivoire grâce au soulèvement mené par Babemba Traoré ou Samory Touré. Mais ces derniers finirent par céder des terres à l’armée coloniale qui finit par prendre le dessus ; le premier se suicida et le second mourut en captivité.
Aussi, les pratiques féodales de la colonisation (pillage des ressources, impôts, etc.) provoquèrent plusieurs révoltes spontanées jusqu’en 1906.
La domination française finit par s’imposer aux Africains de l’Ouest et perdura jusqu’en 1958, soit environ 80 ans.            

         À l’heure où l’Europe moyenâgeuse vivait dans l’obscurantisme le plus total, l’Afrique Noire sub-saharienne traversa son époque la plus glorieuse. Caractérisée par la présence de richesses abondantes, cet âge d’or conféra à cette partie du monde une postérité chère aux Africains d’aujourd’hui mais attira également la convoitise des empires européens. La présence de ces derniers en Afrique Occidentale mais aussi sur tout le continent marqua à jamais les esprits en laissant derrière elle le goût amer d’une rupture irréversible dans l’histoire de l’Afrique.

Par hakilusiru.over-blog.com - Publié dans : L'Islam en Afrique Noire : l'Afrique de l'Ouest
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