Palestine (4) : le conflit israëlo-palestinien (1917-1949)

 

 

 

La Palestine avant la colonisation israélienne            

         A la fin du 19ème siècle, la Palestine compte 500 000 âmes, dont 30 000 à Jérusalem. Les juifs constituent la moitié de la population de la ville, mais dans tout le pays, ils sont moins de 5% ; les chrétiens sont 10%, les musulmans sont 85% (l’Islam sunnite est majoritaire).
Les Palestiniens des trois religions coexistent paisiblement, ils sont tous sujets du sultan de Constantinople et leur langue commune est l’arabe. L’immense Empire ottoman n’a pas de frontières : son découpage est administratif. Du 17ème au 19ème siècle, il a perdu les Balkans ; la France et l’Italie lui ont pris l’Afrique du Nord ; l’Angleterre s’est installée en Egypte, à Aden, et même au Koweït. La Palestine représente 27 000 km², soit trois petits districts au sud de la province de Damas. Mehmet V est le dernier sultan. Son empire est accablé de dettes envers l’Occident, il n’a plus d’argent pour faire face à ses obligations même les plus urgentes. Les puissances européennes, en coulisse, déstabilisent le monde musulman pour s’en emparer : ils véhiculent les revendications de réformes et d’indépendance auprès des officiers modernistes et des administrés.   

 

L’Europe et le pogrom antijuif 

         L’Empire russe commence à décliner : Alexandre II est assassiné ; son petit-fils Nicolas II sera le dernier tsar. Des troubles révolutionnaires apparaissent et les juifs sont les boucs-émissaires du régime tsariste, pointés du doigt comme la cause de tous les malheurs du peuple russe. 5 millions en 1881, ils sont massacrés par dizaines de milliers en une génération. Par centaines de milliers, ils fuient le pogrom et se réfugient en Amérique et dans les territoires islamiques. Ceux qui restent, s’engagent dans la révolution. Une poignée de jeunes romantiques inventent le sionisme. A la fin du 19ème siècle, les premiers migrants et nationalistes juifs ashkénazes sont 4 500 en Palestine. Ils veulent travailler la terre, créer un juif nouveau, sain de corps et d’esprit : on les appelle les amants de « Sion ». Les paysans arabes qui les voient arriver ne se doutent de rien : ils vivent dans un système féodal séculaire. La terre appartient au sultan, aux notables de Damas ou de Beyrouth. Bédouins et paysans sont chez eux dans leur village, mais ils ne possèdent rien.   

 


Village palestinien 

 

 

Le sionisme 

      L'idéologie sioniste soutient que le peuple juif est un peuple comme les autres et qu’il doit se rassembler dans un seul pays. Le sionisme est identique aux mouvements de libération nationaux italiens et allemands du 19ème siècle. Le terme « sionisme » a été apparemment inventé en 1891 par le publiciste autrichien Nathan Birnbau. Il est aussi employé a posteriori pour toute personne fournissant des efforts et prônant des idées visant à faire retourner les juifs vers leur patrie d’origine : le sionisme est une idéologie qui concerne aussi les chrétiens évangéliques voulant que le peuple juif retourne en Israël afin d'accélérer l’avènement de Jésus-Christ.  

      Théodore Herzl (1860-1904) est né à Budapest, a grandi à Vienne, il est journaliste et il crée le mouvement sioniste politique. A l’origine, il est loin des idées sionistes et prône l’intégration des juifs dans leur pays d’accueil. Mais l’affaire Dreyfus — un gradé de l’armée française accusé à tort de trahison par ses supérieurs hiérarchiques antisémites —, déclenche chez lui le repli identitaire, il écrit : « Si même la France, la terre des lumières, s’en prend aux juifs, alors il nous faut une terre à nous, un Etat où nous serons les maîtres. »… Et ce sera la Palestine. En 1897, il préside le premier congrès sioniste en Suisse. Il crée des structures d’un futur appareil d’Etat efficace et ne se donne pas plus de 50 ans pour fonder un Etat juif. Pour parvenir à ses fins et légitimer ses actions auprès des juifs et du monde, il utilise de manière biaisée la religion juive : la Palestine est la terre promise par Dieu au peuple d’Israël, elle lui revient de droit. En outre, il exacerbe le sentiment d’insécurité des juifs d’Europe, puis du monde, pour les inciter à soutenir ses vues et prendre le chemin de la Palestine.                             


Théodore Herzl 

         Les sionistes se dotent d’une banque, d’une presse en plusieurs langues, et d’une organisation mondiale, dont la tâche essentielle est d’acheter des terres, fertiles ou rocailleuses, en Palestine, sans marchander et payant comptant. Les juifs ashkénazes sont différents des juifs palestiniens : leurs idées sont étranges. Leur contrat d’achat stipule qu’une fois devenue la propriété du peuple juif, la terre ne doit être travaillée que par des juifs. Une clause spéciale ajoute qu’elle doit être livrée vide d’habitants. Certains refusent de vendre à de telles conditions, d’autres ne se font pas prier. Des villages entiers sont achetés et voient leur dénomination changer : ce sont les premiers kibboutz ; le collectivisme est la règle d’or, et on inculque très tôt à la première génération de colons qu’ils sont chez eux sur une terre sans peuple.En 1910, les juifs représentent 8% de la population. La même année, un jeune homme signe un premier article dans le journal du parti ouvrier juif de Palestine. David Green vient d’arriver de Pologne. Il commence sa carrière de militant sous le nom de David Ben Gourion. Dans 40 ans, il sera le chef du premier gouvernement de l’Etat d’Israël.   

 


David Ben Gourion   

 

 

La division du monde musulman et le partage de la Palestine 

         En 1914, la première guerre mondiale éclate en Europe, Mehmet V, poussé par son gouvernement, se range du côté de l’Allemagne contre la France et l’Angleterre : c’est l’erreur que l’Occident attendait pour démanteler l’Empire ottoman. En 1915, l’Angleterre envoie son agent secret, le colonel Lawrence, auprès de Houssein, chérif de la Mecque, pour lancer la guerre sainte contre « l’Empire ottoman corrompu » et susciter « une renaissance arabe ». Il promet au fils du chérif, Fayçal, la royauté sur la Syrie. 1916 marque la grande révolte des Arabes contre les Turcs : la route de Damas est ouverte aux Anglais. Or, en coulisse, par le biais de deux de leurs hauts fonctionnaires — Georges Picot et Mark Sykes —, dans une chambre d’hôtel à Paris, la France et l’Angleterre se partagent déjà les provinces arabes : le traité Sykes-Picot concède à la France un territoire comprenant Damas, tandis que l’Angleterre reçoit des régions comprenant Bagdad. La Palestine sera internationalisée (condominium franco-britannique de fait). 


                               Le colonel Lawrence                                       

      En 1917, l’armée britannique entre en Palestine par le sud. Le général Allenby s’empare de Jérusalem le 09 décembre. Trois semaines plus tôt, une lettre du ministre britannique des affaires étrangères à LordLionel Walter Rothschild, la « Déclaration de Balfour » (02 novembre 1917), annonce à la communauté juive britannique que le gouvernement de Sa majesté envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine.
Les Arabes de Palestine considèrent la Déclaration de Balfour comme une trahison britannique : ils s’organisent. En 1919, c’est la première réunion du Congrès national palestinien, l’ancêtre de l’OLP. Le président du congrès est Moussa Kazem Al-Housseini, le doyen d’une grande famille de notables de Jérusalem. Son jeune cousin, Amine Al-Housseini, va devenir le premier grand leader du nationalisme palestinien ; en 1921, il est grand moufti de Jérusalem et président du conseil suprême musulman.   

 


La Déclaration de Balfour 

 

      Londres ne fait aucun cas des doléances arabes : l’essentiel c’est d’assurer le contrôle des conquêtes militaires. La Société des Nations (SDN) ratifie le partage de la région. La Syrie et le Liban sont confiés à la France. L’Iraq est mis sous mandat britannique : le trône revient à Fayçal, fils du chérif Houssein. Les Anglais créent pour son frère ‘Abdallâh un nouvel émirat en Transjordanie. La Palestine, désormais entourée de frontières, est incluse dans le mandat britannique : la Déclaration de Balfour est entérinée par la communauté internationale, il y aura donc un foyer national juif en Palestine. Au lieu d’un grand royaume unifié et indépendant, les Arabes obtiennent des Etats séparés : leur colère grandit. Des émeutes éclatent en Palestine quelques mois après la prise de fonction du Haut Commissaire britannique et juif, Sir Herbert Samuel ; bilan : 46 immigrants juifs tués.              

 

   
  L’émir Fayçal et Chaim Weizmannn           Abdallâh 1er de Jordanie

 

      Le déclin de l’Empire ottoman s’accompagne du sentiment national turc cristallisé autour de la guerre de libération menée par Moustafa Kemal, opposant à la dynastie ottomane considérée comme responsable du désastre : le sultanat est aboli en 1922, le califat en 1924 ; le dernier sultan meurt en exil ; le monde musulman est disloqué.   


Moustafa Kemal  

 

 

 

 

La colonisation de la Palestine s’intensifie et les Arabes se révoltent 


Démantèlement de l’Empire ottoman (1920-1925)

 

      En 10 ans, la colonie juive de Palestine reçoit 100 000 immigrants russes et Polonais : elle passe de 11 à 17% de la population globale. Depuis 20 ans, les juifs d’Europe et d’Amérique envoient de l’argent au Fond National. Des films de propagande occultant complètement la population arabe donnent l’idée que la Palestine est une terre aride, un désert à défricher. 
En 1929, les Arabes commémorent la 12ème année de la Déclaration Balfour par une grève générale. La même année, des affrontements autour du Mur des Lamentations dégénèrent et se propagent dans tout le pays : il y a 133 morts juifs, 116 morts musulmans ; mais les films de propagandes juives ne montrent que les morts juifs. La SDN envoie des enquêteurs. De leur côté, les Britanniques annoncent qu’il n’y a plus de place en Palestine pour une émigration massive.
Mais Hitler accède au pouvoir en 1933 et les premières mesures antijuives provoquent une recrudescence de l’émigration d’Allemagne et de toute l’Europe centrale : de 37 000 en 1933, ils passent à 45 000 l’année suivante ; 1935 est une année record avec 65 000 émigrants. 


Amine Al-Housseini

      La révolte arabe explose en avril 1936. Le moufti Amine Al-Housseini en tête, et cinq partis palestiniens appellent au soulèvement général. Les notables, les chefs de villages, les paysans, les commerçants, tous se révoltent contre l’occupation britannique et l’émigration juive : les Arabes poursuivront leur grève générale jusqu’à l’arrêt complet et immédiat de l’immigration juive. Ils exigent un changement radical de la politique actuelle, car son maintien aura pour résultat de remplacer les Arabes par des juifs.
La grève générale dure six mois, les affrontements avec les forces de l’ordre sont quotidiens. C’est l’Etat d’urgence : perquisitions, contrôles, arrestations. La révolte se durcit : des attentats frappent les colonies sionistes et les installations britanniques. En octobre 1938, l’aviation britannique bombarde les villages, la répression est impitoyable. Les ruelles sont élargies à la dynamite, les leaders sont déportés, les partisans sont pendus. Il y a des milliers de morts. En quelques mois la grande révolte est écrasée : elle a duré presque trois ans, et les Palestiniens s’en souviennent comme de leur première intifada. 

   

      Dès 1937, les juifs construisent de nouvelles colonies constituées d’éléments préfabriqués, de barrières, de tours de garde, de cabanes : c’est la technique du fait accompli, en quelques heures, une nouvelle localité juive existe sur la carte, bâtie comme un camp retranché. La population se militarise avec l’aide d’instructeurs britanniques : toute la jeunesse juive est embrigadée dans des mouvements paramilitaires pour former des unités d’élites.
Depuis deux ans, Ben Gourion dirige l’exécutif sioniste qui fonctionne comme un gouvernement. Alors que les Arabes s’épuisent dans une lutte armée inégale contre l’armée britannique, lui construit méthodiquement les bases d’un nouvel Etat. Quant à Jabotinsky, il préconise la manière forte : ses adeptes créent l’Irgoun, un réseau clandestin qui projette des bombes et des grenades sur la population arabe.  

 

La seconde guerre mondiale 

         En février 1939, à l’approche de la guerre, les Britanniques organisent une conférence de paix à Londres pour s’assurer de la loyauté de leurs alliés arabes, tout en évitant de rompre avec les juifs. Le 17 mai, les Britanniques publient un livre blanc qui contingente l’émigration juive et prévoit de la soumettre à l’accord des Arabes : « Après une période de cinq ans, aucune nouvelle immigration juive ne pourra avoir lieu sans l’accord des Arabes de Palestine. » Les sionistes sont furieux, leur allié britannique se transforme en ennemi au moment même où la situation des juifs d’Europe est critique.
Au printemps 1939, Ben Gourion crée le Mossad, l’ancêtre des services secrets israéliens, un réseau chargé, à ses débuts, d’organiser le départ des juifs clandestins vers le Palestine : 17 000 juifs européens seront sauvés par cette filière.  


Haïfa : rescapés des camps nazis 

      Lors du conflit, 30 000 juifs de Palestine s’engagent dans l’armée britannique. 
Le grand moufti de Jérusalem, pour échapper à la répression, se réfugie au Liban, puis continue son combat nationaliste en Iraq. En 1941, espérant la défaite des juifs et des Anglais, il s’allie à Hitler. A ce moment-là, personne ne sait qu’un génocide va décimer les juifs. Ce n’est qu’après la capitulation allemande, en 1945, que le monde apprend l’ampleur du génocide nazi : on compatit devant l’horreur, on culpabilise ; on semble enfin découvrir la question juive. Mais les frontières restent fermées et personne ne veut des centaines de milliers de survivants et d’apatrides : dans tous les pays, les quotas d’immigration sont très stricts. Beaucoup de juifs ne veulent pas retourner dans leur pays d’origine, là où leurs propres concitoyens les ont livrés à l’abattoir. Les envoyés sionistes leur offrent l’espoir d’une nouvelle vie en Palestine. 

 

Les revendications sionistes 

         En 1946, le nationalisme juif est une réalité : la Palestine compte 500 000 juifs ; ils exigent 100 000 visas pour les rescapés du génocide et réclament l’indépendance. Depuis 1942, Ben Gourion a rompu l’alliance avec les Britanniques pour se tourner vers les Etats-Unis, grands vainqueurs de la guerre. Chaque année, les juifs américains offrent 50 000 dollars aux sionistes. 
Face à Ben Gourion, l’opposition de droite : Menahem Begin a succédé àJabotinsky, il revendique un grand Etat juif sur les deux rives du Jourdain, un Etat qui engloberait le royaume de ‘Abdallâh. Mais pour le moment, droite et gauche s’unissent pour l’immigration et l’indépendance, elles appellent à la lutte armée contre l’Angleterre.Le 22 juillet, l’Irgoun fait sauter l’Etat major des forces britanniques de Jérusalem. La Haganah dirigée par Ben Gourion, l’Irgoun de Menahem Begin, un groupe encore plus radical, le Stern, additionnent des centaines d’attentats. La violence est partout : juifs, Arabes, Britanniques, tout le monde y participe, et les victimes ne se comptent plus. 

Haganah signifie en hébreu « défense ». C’est une organisation clandestine sioniste créée en 1920 pour protéger les émigrants juifs vers la Palestine. Elle devient officieusement une branche militaire sioniste de l’Agence juive en Palestine mandataire, dont le but est de favoriser la constitution d’un Etat juif. Dès 1948, les groupes armés la Haganah, l’Irgoun et le Lehi donnent naissance à Tsahal, la force défensive d’Israël.

         Tous les jours, des bateaux surchargés d’immigrants illégaux forcent le blocus britannique. Quelques uns coulent en chemin avec leur cargaison humaine, d’autres sont arraisonnés et leurs passagers sont expulsés ou internés. Les Britanniques perquisitionnent, contrôlent, fouillent et découvrent des stocks importants d’armes provenant de leurs propres arsenaux. Des centaines de juifs sont arrêtés, les radicaux sont pendus. Mais les Britanniques sont pris au piège : ils ne peuvent réprimer brutalement la révolte juive sans être accusés d’antisémitisme. La Palestine est devenue un fardeau trop encombrant : les Britanniques confient la question de la Palestine à la toute jeune Société des Nations.  

 

L’affaire de l’Exodus et la fin du mandat britannique  

         Depuis 25 ans, c’est la 17ème commission de l’ONU envoyée en Palestine, mais celle-ci va jouer un rôle capital. Sa composition est un savant dosage géopolitique : un ancien gouverneur des colonies néerlandaises, un Suédois, un Canadien, un Australien, un Uruguayen, un Tchèque, un Péruvien, un Guatémaltèque, un Yougoslave, un Iranien et un Indien. La Haganah prépare soigneusement une action pour les influencer : c’est l’affaire de l’Exodus. Le 18 juillet, l’Exodus est arraisonné par les Britanniques au large de Gaza. A son bord, 4 500 migrants illégaux encadrés par les officiers de la Haganah. Ils refusent de se rendre, il y a des morts, des dizaines de blessés. Les Britanniques ne cèdent pas, les rescapés du génocide sont brutalement refoulés : ils devront retourner en Allemagne. Plusieurs membres de la commission des Nations-Unies assistent à ces scènes tragiques, et leur décision est prise : il faut mettre un terme au mandat britannique. Mais à qui transmettre la souveraineté ? A qui appartient la Palestine ? Les onze diplomates hésitent. Finalement huit d’entre eux proposent de partager le pays en deux Etats. Jérusalem aura un statut international et ne fera partie d’aucun des deux Etats. Les juifs reçoivent plus de la moitié du territoire alors qu’ils ne constituent que le tiers de la population : des centaines de milliers d’Arabes devront vivre sous un gouvernement juif.   

 

 

        A l’assemblée générale des Nations unies, le délégué syrien, l’Emir‘Abdel Arslan dit : « (…) plaisanterie faite autour de lui et par une machination qui saute aux yeux et qui ont servi à le présenter à l’opinion publique comme un projet uniquement humanitaire, ce projet restera le plus grand scandale politique de tout le siècle. »Tour à tour, les autres délégués arabes montent à la tribune. Le Prince Sayf Al-Islam ‘Abdallâh(Yémen), l’Emir Fayçal (Arabie Saoudite) : « La charte des Nations-Unies, disent-ils, ne permet pas de partager une terre contre la volonté de son peuple. La Palestine est arabe, elle doit le rester. Si les Européens veulent offrir un pays aux juifs, s’ils se sentent coupables de les avoir persécutés, alors qu’ils leur donnent une terre en Europe. » 
Le Pakistan : « Nous avons cherché à accomplir le bien, selon les voies que Dieu nous montre. Nous avons réussi à convaincre un nombre suffisant de nos homologues de partager notre façon de voir, mais on ne les a pas autorisés à défendre le Droit tel qu’eux-mêmes le conçoivent. Nos cœurs sont lourds, mais nos consciences légères, car nous avons agi comme nous le devions. » Jusqu‘au bout, le délégué pakistanais essaiera de convaincre qu’un partage provoquera un bain de sang. Avec l’Iran et la Yougoslavie, il propose la création d’Etats fédérés. 

         Le 29 novembre 1947 : vote à l’Assemblée des Nations-Unies. « La résolution ad-hoc pour la Palestine a été adoptée par 33 voix contre 13 et 10 abstentions. » Dès le lendemain, les Arabes manifestent dans les rues de Jérusalem : « Ce qui a été écrit en noir à New York sera effacé en rouge en Palestine », disent-ils. La foule attaque le centre commercial juif, les juifs ripostent par du plasticage : sept morts dès le premier jour ; 160 les deux premières semaines ; 450 en un mois. La guerre commence sous le regard impassible des Britanniques dont le mandat se termine dans six mois.    

 

L’agression sioniste et la proclamation de l’indépendance d’Israël 

         Ben Gourion achète des armes en Tchécoslovaquie et décrète la mobilisation générale. Avant le départ des Anglais, il veut contrôler les Arabes du territoire, élargir les frontières de l’Etat juif, attaquer plutôt que se défendre. Le 09 avril, un mois avant la fin du mandat britannique, l’Irgoun et le Stern prennent le village de Dir Yassine près de Jérusalem. Avant de le transmettre à la Haganah, ils massacrent tous les habitants : 250 hommes, femmes et enfants. Au fur et à mesure des offensives, les villes arabes se vident. Les Palestiniens résistent, mais lorsque la défaite est proche, ils s’en vont pour ne pas subir le sort de Dir Yassine. Ils convergent vers ce qui reste de la Palestine : Gaza au sud, la Cisjordanie à l’ouest ; au nord, ils ont franchi la frontière vers le Liban ou la Syrie, certains ont traversé le Jourdain. Ceux qui veulent rester sont chassés de force. En un seul mois, le futur Etat juif s’est vidé de centaines de milliers d’Arabes. 
Le 14 mai 1948, le dernier Haut-Commissaire britannique quitte la Palestine. L’après-midi même, Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël.  

       L’afflux des réfugiés submerge les pays arabes limitrophes, mais ils attendent tous la fin du mandat britannique pour réagir, et ils n’ont pas tous les mêmes intérêts. ‘Abdallâh de Transjordanie a négocié secrètement avec les juifs : il leur a promis d’accepter leur Etat s’ils le laissent s’emparer du territoire promis aux Palestiniens. Farouk d’Egypte veut contrôler les ambitions territoriales de ‘Abdallâh, mais ses généraux craignent une défaite militaire.
Les présidents syriens et libanais, le régent d’Iraq, sûrs de la victoire, feront la guerre.
A l’aube du 15 mai 1948, les armées arabes entrent en Palestine. Parties d’Egypte, de Transjordanie, de Syrie, d’Iraq, et du Liban, elles se sont donné rendez-vous à Tel Aviv, promesse faite de détruire Israël, de renvoyer les sionistes à la mer et de permettre le retour des réfugiés palestiniens au pays. A Jérusalem, la bataille est très dure. La légion arabe de Transjordanie assiège le vieux quartier juif, la Haganah doit capituler. Mais ‘Abdallâh reste fidèle à sa promesse secrète et il ne tente pas de pénétrer dans le territoire israélien. Les Arabes refusent le cessez-le-feu. Le comte Bernadotte, médiateur suédois désigné par les Nations unies impose une trêve le 11 juin, mais son optimiste tombe quand il découvre les villages arabes détruits et l’ampleur de l’exode palestinien. Ses rapports inquiétant les Israéliens ne parviendront jamais à l’ONU :Yitzhak Shamir, commandant du Stern, ordonne son assassinat. Les armées arabes sont vaincues à la fin de l’année, et dès ce moment, ils refuseront de s’exprimer à l’assemblée de l’ONU durant 26 ans.    

 

  
Exode de la population palestinienne en 1948             

 

 

La Palestine au lendemain de la guerre 

         Israël a gagné 4 000 km² supplémentaires au cours du conflit armé. Avec le départ des Palestiniens, sa population est presque entièrement juive. Jérusalem est scindée en deux au lieu d’être une zone internationale : sa partie ouest devient la capitale d’Israël, sa partie est passe sous domination jordanienne. Les territoires de Cisjordanie et de Gaza sont restés sous contrôle arabe. Selon le plan de partage, un territoire palestinien aurait dû y voir le jour, mais la bande de Gaza est mise sous administration égyptienne, et la Cisjordanie est annexée par le roi ‘Abdallâh. Au lieu d’un territoire pour les Palestiniens, les Nations-Unies créent un office d’assistance aux réfugiés arabes, l’URNWA : 200 000 cartes de ration alimentaire sont attribuées en Cisjordanie, 180 000 dans la bande de Gaza, 100 000 au Liban, 60 000 en Jordanie, 70 000 en Syrie. Ce sont surtout les paysans qui ne possèdent rien qui sont dans les camps ; 200 000 autres exilés ont pu survivre sans faire appel à la charité internationale. En tout, ils sont plus de 800 000. 

         Le 11 mai 1949, Israël devient membre de l’ONU en s’engageant officiellement à permettre le retour des réfugiés palestiniens ; cette résolution ne sera jamais respectée.
Au contraire, Israël vote une loi pour réquisitionner tous les biens dont les propriétaires sont réputés absents. 
Au début des années 50, Israël accueille 700 000 juifs venus d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, presque le même chiffre que celui des Palestiniens exilés. Il ne reste que 150 000 Arabes dans l’Etat juif : pour eux ce sera l’administration militaire, le couvre-feu, la censure, l’interdiction de circuler sans laissez-passer. Ils sont citoyens israéliens, mais leurs droits sont limités. Ils sont coupés de leurs frères, tous les autres Palestiniens restés à l’extérieur.

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